Hydrocarbures: Sonatrach prend le contrôle de Medgaz

Liberté, 1 juin 2020

La compagnie nationale des hydrocarbures augmente sa participation de 8,04% dans la société Medgaz, la faisant passer de 42,96% à 51%.

La compagnie nationale des hydrocarbures Sonatrach vient d’acquérir la majorité des actions de la société Medgaz SA après avoir achevé une opération de rachat de 19,10% des actions détenues — jusqu’ici — par la compagnie espagnole Cepsa Holding dans cette société. Cepsa fut la propriété de la société émiratie Mubadala Petroleum. Sonatrach augmente ainsi sa participation de 8,04% dans la société dont il est question, la faisant passer de 42,96% à 51%.
Dans un communiqué rendu public, la compagnie nationale qualifie “d’importante” cette opération à l’international. En deux mots, la restructuration de l’actionnariat permettra à Sonatrach de contrôler “51%” des actions et à Naturgy, son partenaire espagnol, d’en contrôler “49%”. La compagnie nationale “renforcera ainsi sa position de fournisseur majeur et fiable du gaz algérien aux clients européens, en particulier la péninsule ibérique à travers le gazoduc Medgaz”, peut-on encre lire dans le communiqué.
Cependant, est-ce une bonne chose que Sonatrach acquiert la majorité des actions ? Selon Amor Khelif, professeur d’économie et expert en énergie, il s’agit, a priori, “d’une belle opération et Sonatrach semble avoir fait le bon choix, en acquérant la majorité des actions de la société Medgaz”. “La compagnie nationale des hydrocarbures aura ainsi son mot à dire dans la prise de décisions dans le conseil d’administration de la société Medgaz”, soutient-il. Amor Khelif met un bémol cependant à cette acquisition, en soulignant que dans la conjoncture actuelle marquée par une baisse des prix du pétrole et du gaz et par des incertitudes économiques, l’opération de rachat “n’apporte pas grand-chose en matière de volumes d’exportation, c’est-à-dire qu’en cette période de crise, Sonatrach et son partenaire, Naturgy, ne penseront pas augmenter les quantités de gaz à vendre sur le marché ibérique”. Khaled Boukhelifa, ancien directeur central au ministère de l’Énergie, rejoint cet avis, expliquant que, “dans le contexte d’aujourd’hui, il ne faut pas faire de cette opération un grand évènement”. Toutefois, estime-t-il, “Sonatrach aura plus à y gagner qu’à perdre à l’avenir”, car, poursuit-il, “la compagnie nationale a réussi, en fait, à se défaire de la minorité bloquante” que constituait Naturgy. D’après lui, “si demain, Sonatrach estimait opportun de vendre plus de gaz sur le marché espagnol, elle pourrait le faire, et son partenaire ne pourra pas s’y opposer”.
Évidemment, plus elle en vend, plus elle gagne. Il est utile de rappeler que depuis quelques semaines, les relations commerciales entre Sonatrach et Naturgy ne sont pas au beau fixe et souffrent de sérieux problèmes. L’entreprise ibérique avait demandé, il y a quelques semaines, à Sonatrach de réviser à la baisse les tarifs du gaz naturel convenus dans les contrats à long terme conclus entre les deux partenaires. Naturgy était allé encore plus loin et avait menacé de porter l’affaire devant un tribunal international si la compagnie nationale des hydrocarbures ne se pliait pas à ses exigences.
D’un diamètre de 24 pouces et d’une longueur de 210 km, le gazoduc offshore est doté d’une capacité de transport annuelle de 8,2 milliards mètres cubes (m3), qui sera augmentée au cours du 1er trimestre 2021 à 10,2 milliards de m3 par le rajout d’un 4e turbo-compresseur au niveau de la station de compression de Beni-Saf (Aïn Témouchent).

Youcef Salami