Crise libyenne : Alger exprime sa «profonde» préoccupation

Aniss Z., El Watan, 31 mai 2020

Alger affirme que l’afflux des armes en Libye a non seulement attisé la guerre civile mais favorisé également l’armement des groupes terroristes, qui menacent désormais la sécurité de la région et entravent le processus d’un règlement politique de cette crise.

Le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, a exprimé la «profonde» préoccupation de l’Algérie face aux graves développements de la situation en Libye ces dernières semaines. Dans un message à l’occasion de la Journée de l’Afrique, qui coïncide avec le 57e anniversaire de la création de l’organisation panafricaine, Union africaine (UA), M. Boukadoum a souligné que les développements de la situation en Libye ces dernières semaines «confirment malheureusement l’opposition des agendas régionaux et internationaux qui semblent ne s’accorder que sur le maintien de la Libye en situation de chaos et en théâtre de guerres par procuration et de règlement de comptes, au détriment du sang des enfants du peuple libyen frère».

Dans ce contexte, le ministre des Affaires étrangères a affirmé que l’afflux des armes en Libye «en flagrante violation» des résolutions internationales «a non seulement attisé la guerre civile mais favorisé également l’armement des groupes terroristes, qui menacent désormais la sécurité de la région et entravent le processus d’un règlement politique de cette crise». «L’Algérie, animée par l’esprit de solidarité à l’égard du peuple libyen et dans le cadre de la coordination et de la concertation avec toutes les parties libyennes, les pays voisins, l’UA et l’ONU, ne ménagera aucun effort pour rassembler les protagonistes et rapprocher leurs vues», a-t-il souligné.

Dans son message, le chef de la diplomatie algérienne a réitéré «la disposition de l’Algérie à abriter le dialogue libyen et son insistance sur le rôle central que doivent jouer les pays du voisinage ainsi que l’UA dans le processus onusien pour le règlement de la crise libyenne».
Violation de l’embargo sur les armes

L’inquiétude algérienne est également partagée par l’ONU qui se dit suivre avec une «grande préoccupation les informations récentes sur une arrivée massive d’armement, d’équipement et de mercenaires» au profit des belligérants en Libye. Cette réaction de l’Onu intervient après l’annonce par les Etats-Unis de l’envoi d’avions de chasse russes dans le pays. Sans évoquer explicitement cette accusation, le porte-parole de l’Onu, Stéphane Dujarric, a indiqué que si ces informations étaient avérées, elles «constitueraient une violation flagrante de l’embargo sur les armes» imposé pour la Libye depuis 2011. «Nous appelons tous les membres de la communauté internationale à respecter l’embargo sur les armes et à soutenir sa pleine application», a-t-il ajouté lors de son point-presse quotidien, en réponse à des questions sur la présence supposée d’avions militaires russes en Libye.

Mardi dernier, l’armée américaine a accusé la Russie d’avoir déployé des MiG-29 Fulcrum et Sukhoï Su-35 en territoire libyen en soutien du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est qui cherche depuis avril 2019 à prendre Tripoli au gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par l’ONU. «Les informations sur des violations ont augmenté de manière significative ces dernières semaines, avec des transferts présumés (d’armement) presque quotidiens par air, terre et mer», a relevé le porte-parole de l’ONU. «Cela ne peut conduire qu’à une intensification des combats avec des conséquences dévastatrices pour la population libyenne», a-t-il estimé.

Les deux pouvoirs rivaux en Libye sont soutenus par diverses puissances étrangères. Les Emirats arabes unis, l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la Russie et plus discrètement la France appuient le camp Haftar, tandis que la Turquie intervient militairement auprès du GNA, qui a enchaîné récemment les succès militaires grâce notamment à une supériorité aérienne. Au fil du temps, le conflit libyen s’est internationalisé et a évolué en guerre par procuration.