La coordination des universitaires pour le changement critique la révision constitutionnelle

“Le pouvoir refuse d’être en phase avec la société”

Liberté, 17 mai 2020

La coordination, qui regroupe des enseignants issus de différentes universités du pays, appelle à un “sursaut patriotique”.

Des universitaires réunis au sein de la Coordination nationale des universitaires algériens pour le changement (Cnuac), n’y sont pas allé de main morte pour fustiger le pouvoir en place et réaffirmer leur appartenance au mouvement populaire. Dans un appel à un sursaut patriotique rendu public, les animateurs de la Cnuac estiment que le mouvement populaire “s’est appliqué à démanteler pacifiquement le système politique archaïque et autoritaire, en place depuis l’indépendance”.
Virulente dans sa critique du régime en place, la Cnuac a souligné que la suspension “volontaire” des manifestations publiques par la rue est un signe de “maturité”, car “il n’est pas qu’un simple mouvement de colère d’enfants ingrats”. Pour la Cnuac, il s’agit “d’une mise en marche d’un peuple, toutes générations et catégories sociales confondues, en vue de l’avènement d’un État de droit”. Concernant la réaction du pouvoir, la Cnuac a mis l’accent sur la répression des figures les plus en vue du hirak.
Ainsi, la Cnuac a souligné que “depuis le début du confinement, le pouvoir a multiplié les actions et les coups bas, espérant paralyser les forces du hirak par la peur”. “Il use de violence pour étouffer les revendications exprimées sur les réseaux sociaux de crainte qu’elles ne mènent à des actions collectives dès la fin du confinement”, ajoute l’appel, indiquant que “le cortège d’arrestations de hirakistes, de journalistes et de procès menés au mépris de la légalité” sont “autant de mesures qui montrent son refus d’avoir pour interlocuteur une population formée de citoyennes et de citoyens”. “Le pouvoir s’arc-boute sur des modes de gouvernance qui ont échoué face aux enjeux nationaux et internationaux. Il refuse de prendre acte de ses défaites et de ses échecs et d’en tirer les leçons. Il confirme sa nature despotique, son héritage bureaucratique et sa défense des intérêts d’une clientèle, elle-même soumise à ceux de puissances étrangères qui constituent ses seuls soutiens”, analysent les universitaires, dénonçant le fait que ce même pouvoir “refuse d’être en phase avec une société qu’il criminalise, en soumettant brutalement les médias publics”. “Le pouvoir louvoie, en s’appuyant sur des supplétifs, comme il réprime, en abusant de l’autorité judiciaire. Ces constats suffiraient à conclure que ce personnel est dans l’incapacité de construire un État doté d’institutions légitimes et légales, car son unique motivation est de se maintenir en l’état par l’exercice de la répression”, ajoutent-ils. Évoquant les enjeux qui se posent devant le mouvement populaire, les universitaires estiment qu’il a “voulu que le pouvoir le reconnaisse dans sa pluralité, qu’il lui restitue un récit national qui fasse justice à son histoire et à sa culture”, avec une rupture “avec l’amnésie”, d’où l’exigence des manifestants “qu’on leur restitue leur mémoire ponctuée de nombreuses résistances, inscrite dans la longue durée”. “Le mouvement populaire a voulu que le pouvoir le reconnaisse dans sa diversité sociale, culturelle et politique et qu’il prenne acte des conditions réelles dans lesquelles la population est placée par les pratiques d’un ensemble de clans qui fonctionnait en s’appuyant sur une clientèle prédatrice”, revendiquent les universitaires, ajoutant que le même mouvement exige “un État civil et non un État militaire”, pour que “le peuple algérien ne soit plus jamais confronté ni à l’autoritarisme ni à l’opacité du pouvoir”. La Cnuac regrette, par ailleurs, que face à toute cette dynamique citoyenne, “l’ensemble de ces attentes aurait pu trouver satisfaction dans l’élaboration d’un texte fondamental qui serait l’émanation de la volonté populaire et garanti par un État légitime”, or “le pouvoir a pris la décision de confier la rédaction d’un projet de Constitution à des experts dont la crédibilité fut d’emblée remise en cause, par leur participation par le passé à la rédaction de textes antérieurs en faveur du pouvoir en place”. “Ce pouvoir est apparu sans projet, préoccupé simplement d’obtenir sa reconduction en l’état et en nature”, considère la Cnuac.
Concernant toujours le projet de révision constitutionnelle, la Coordination estime que “la sortie de crise ne saurait se résumer en une proposition administrative” et que l’heure “devrait être à la reconstruction des liens, car la société a changé, la peur fait partie du passé”. Appelant à une plus grande mobilisation afin de faire aboutir les aspirations de la rue, la Cnuac considère que les universitaires et toutes les franges de la population doivent “maintenir l’élan de solidarité avec les plus démunis et les personnels de santé, à continuer à exprimer leurs opinions et à maintenir la flamme de février 2019 vivante”.

M. Mouloudj