Loi de finances complémentaire 2020 : Le gouvernement sur la corde raide

Said Rabia, El Watan, 16 mai 2020

Le gouvernement de Abdelaziz Djerad est dos au mur. Confronté à des difficultés de trésorerie, a-t-il d’autres choix que d’aller chercher de nouvelles niches fiscales et pourquoi pas, dans l’urgence, grossir celles qui existent ?

La crise sanitaire qui frappe le monde a plongé les économies dans le noir. Celle de l’Algérie n’y a bien évidemment pas échappé. Le projet de loi de finances complémentaire 2020 qui vient d’être examiné par le Conseil des ministres n’est en fait qu’une parfaite réplique de ce séisme qui secoue l’économie mondiale. Quelles sont les solutions qui se présentent pour un pays qui vit de la rente pétrolière, qui elle-même s’est considérablement amenuisée ?

Le gouvernement de Abdelaziz Djerad est dos au mur. Confronté à des difficultés de trésorerie, a-t-il d’autres choix que d’aller chercher de nouvelles niches fiscales et pourquoi pas, dans l’urgence, grossir celles qui existent ? La première cible, ce sont les carburants, subventionnés par l’Etat, cédés très en dessous de leur prix. Autrefois, le gouvernement aurait réfléchi par deux fois avant de prendre la décision d’augmenter les prix.

Désormais c’est fait. Avec l’augmentation de la taxe sur les produits pétroliers, l’essence coûtera 3 DA de plus et le gasoil 5 DA. Du côté du palais du Docteur Saâdane, on ne manque pas d’arguments : «Cette augmentation des tarifs de la TPP générerait des recettes budgétaires supplémentaires au titre de la période juin-décembre 2020, estimées à 41,5 milliards DA, et des ‘recettes budgétaires additionnelles en matière de TVA, estimées à 7,9 milliards DA». Le gouvernement de Abdelaziz Djerad  justifie cette augmentation par l’accroissement, d’année en année, de la consommation des carburants.

Cela, dit-il, a induit une surconsommation énergétique en expansion alors qu’une part non négligeable de la consommation additionnelle est importée en devises. La consommation des carburants (essences et gasoil) en 2019 est chiffrée à «14,41 millions de tonnes». Pour le gouvernement, «comparativement aux prix appliqués à l’international, l’Algérie est classée parmi les pays pétroliers qui pratiquent des tarifs de carburants les plus bas, et ce nonobstant les réajustements de prix introduits en 2016, 2017 et 2018».

Impôt sur la fortune, instauration d’une taxe onéreuse sur les véhicules neufs, le gouvernement va à l’exploration de tous les gisements fiscaux, pour garder la tête hors de l’eau, mais sans toucher aux transferts sociaux. Maintenir, la même politique sociale, dans une économie presqu’à l’arrêt, assurer les salaires dans le secteur public, malgré la crise, et ce, depuis deux mois, ce n’est pas rien.

Pour survivre et espérer remonter la pente, le gouvernement a été dans l’obligation de revoir le train de vie de l’Etat, et procéder à une véritable rationalisation des dépenses publiques, en réduisant de 50% le budget de fonctionnement qui était de 4 893,4 milliards de dinars. Dans un contexte de crise mondiale qui a impacté sévèrement les revenus du pays, l’Exécutif ne pouvait pas aussi faire autrement que de revoir en profondeur la loi de finances 2020, adoptée à la hâte par le gouvernement Bedoui.

Rebâtir le budget de l’Etat sur un prix de référence du baril de pétrole à 30 dollars au lieu de 50 dollars en espérant la reprise de l’économie mondiale avec un éventuel déclin de la pandémie du nouveau coronavirus est une anticipation sur les effets d’une crise qui s’inscrit dans la durée.

Mais il sera difficile de reprendre les équilibres macro-économiques dans une situation de récession de l’économie mondiale. Même si le gouvernement a pris des mesures sociales en faveur des bas salaires, augmentation du SNMG de 2000 DA, suppression de l’Impôt sur le revenu global pour les bas salaires, réduction de la taxe sur l’activité professionnelle pour les entreprises du bâtiment et des travaux publics, il sera peu évident de sortir de la précarité de l’équilibre entre le front social et les exigences de l’économie en ces moments de crise en matière de réformes.