Des citoyens privés de leur droit à l’information

Journée internationale de la liberté de la presse

Naïma Djekhar, El Watan, 03 mai 2020

La Journée internationale de la liberté de la presse est célébrée cette année en l’absence de bon nombre de titres de la presse écrite dans les kiosques. Ce n’est pas le résultat d’une censure ou d’une interdiction, mais un aléa d’une conjoncture qui toutefois est mise à profit pour verrouiller le champ médiatique.

Dans la plupart des villes de l’Est, l’Ouest et du Sud du pays, les journaux ont déserté les présentoirs depuis au moins un mois, et les lecteurs se retrouvent privés de leur droit à l’information. Feuilleter son titre préféré fait désormais partie d’un passé proche. Un effet papillon engendré par la perturbation, voire l’arrêt de la distribution des journaux, privant le citoyen à Biskra, Skikda ou Guelma, chacun de son canal d’information privilégié.

La conjoncture, si elle y est pour quelque chose, a sciemment été récupérée pour réduire l’étendue de la presse écrite à l’avantage d’un secteur audiovisuel public ou privé au pas. Plusieurs kiosques à journaux ont été tout simplement fermés par l’autorité publique dans ces villes de l’intérieur du pays au prétexte de la lutte anti-Covid-19. D’autres se sont retrouvés contraints de suspendre un commerce faute de clients devenus rares en raison des mesures préventives.

Les distributeurs se retrouvant avec, sur les bras, des milliers d’exemplaires invendus amortissent eux aussi les frais en ciblant les lieux et les points de vente à fournir. Un concours de circonstance qui fera le jeu des réfractaires à la liberté d’expression. Pourtant, le décret de fermeture des commerces émis par le Premier ministère dans le cadre des mesures de confinement n’a pas fait cas des buralistes.

Sur le terrain, ces derniers essuient les retombées d’une lecture erronée ou peut-être pas de cette décision. Nombreux sont ceux qui ont été sommés de baisser rideau. Et partant, les titres de la presse «papier» se réduisirent de jour en jour jusqu’à disparition complète, pour nombre d’entre eux dans la majorité des wilayas. Effectivement, la célébration de la Journée internationale de la liberté de la presse, cette année, ne ressemble pas à celles précédentes, quoique les relents des pratiques liberticides ne l’on jamais quittée.

Elle est cette fois-ci empreinte des effets de la crise sanitaire. Le Covid-19 a bousculé le quotidien, modifié les centres d’intérêt et réinitialisé les priorités. Un verrou inespéré qui, bon gré mal gré, a contribué au bouleversement du circuit classique de la distribution de journaux, soit à minimaliser la diffusion de l’information objective, sinon utile. Dans la foulée, le droit à l’information a été brouillé, dénié pour cette Algérie profonde.

Dans cette lutte effrénée contre la pandémie, il est une volonté de rendre l’accès à l’information nullement nécessaire, subsidiaire pour le citoyen de Mila, Mascara ou Djelfa. Une telle disposition a laissé des buralistes sur le carreau, mais elle a aussi livré des lecteurs à des relais de communication, assujettis à la pensée unique. Le traitement de l’information concernant la crise sanitaire exclusivement par un média officiel a-t-il éclairé mieux sur l’évolution de l’épidémie ?

La publication de statistiques quotidiennes a-t-elle convaincu des mesures de lutte mises en place ? En l’absence de commentaires afférents aux chiffres et graphiques, l’Algérien nourrit toujours des incertitudes sur la courbe de l’infection.

Des journaux à forte audience ont rendu leurs éditions accessibles au public sur le Web pour lui permettre de forger son opinion via les analyses et les contributions d’experts. Un acte solidaire en cette conjoncture, certes inédite, mais où le droit à l’information, inscrit en tant que droit de l’homme, est on ne peut plus dévoyé.