Décision de prolonger le confinement: Les explications des experts

Liberté, 29 avril 2020

L’apparition de nouveaux foyers de la pandémie explique, en grande partie, la décision de prolonger le dispositif de confinement jusqu’au 14 mai prochain.

La reconduction pour la quatrième fois de la mesure de confinement appliquée à la population pour prévenir contre le Covid-19 illustre le “bon compromis” qui existe entre l’Exécutif et les membres du conseil scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie. Les experts de l’instance de veille épidémiologique estiment que la décision du gouvernement demeure une suite logique de la situation épidémiologique causée par le coronavirus.

C’est ce qui ressort d’une rencontre croisée avec les membres de l’instance de suivi de la maladie, les Prs Rehal Lyes et Mohamed Belhocine, qui estiment que la décision vient consolider les acquis et anticiper le risque d’apparition de nouveaux foyers de l’infection.

Nos interlocuteurs ont rappelé, pour la circonstance, que toutes les politiques de santé sont établies, par définition, sur la base des constats dressés par les scientifiques, y compris la stratégie mise en place pour lutter contre la pandémie de coronavirus. Ils ont précisé qu’il n’est pas du rôle de l’instance scientifique de décider de la reconduction du confinement encore moins du déconfinement. “Les membres du comité scientifique donnent un avis sur des situations épidémiologiques difficiles dans telle ou telle région.

Nous devons être, tout le temps, réactifs. En tant qu’experts nous nous intéressons à l’information instantanément par rapport à une enquête faite, et ce, pour pouvoir donner les outils à l’Exécutif pour que les pouvoirs publics puissent réagir au moment opportun et décider d’une stratégie ou d’une riposte contre le Covid-19”, rappellera le Pr Rehal, qui occupe également la fonction du directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP).

Les derniers bilans dévoilés par les autorités sanitaires montrent que la bataille contre le coronavirus n’est pas encore gagnée. “Personne n’a déclaré que le virus a complètement disparu. Le coronavirus circule toujours dans la société”, tranchera le patron de l’INSP qui tient à alerter que “nous sommes en train de voir apparaître de nouveaux foyers en dehors de Blida et Alger. L’incidence du Sras cov-2 est plutôt observable aussi dans d’autres régions, à l’est, l’ouest, au centre et même dans le sud du pays”.

Les wilayas de Sétif, de Constantine et de Tlemcen sont en train de pulvériser les records de notification de nouveaux cas. Un retour sur l’évolution de la courbe de la contagion, depuis le 13 mars jusqu’au lundi 24 avril, permet de saisir l’étendue et la circulation du virus à travers le pays. Une croissance de plus de 120 fois a été enregistrée en six semaines.

Les 30 cas notifiés le 13 mars sont passés à 3 517, selon le bilan communiqué lundi soir. Pour sa part, le Pr Mohamed Belhocine, expert en santé publique, prévient : “Maintenant qu’on voit les chiffres monter, mon souci est que chaque nouveau cas notifié est une preuve que le virus circule encore dans la communauté. En un mot, quand on enregistre plus de nouveaux cas, cela veut dire que le virus circule plus.

Enregistrer moins de nouveaux cas suppose que le virus circule moins.” Pourquoi cette augmentation, ces trois derniers jours, des chiffres de contamination ? Nos interlocuteurs imputent, en partie, cette hausse à l’augmentation du nombre de moyens de diagnostic par rapport aux premières semaines de l’apparition de l’épidémie. “Plus on développe et on augmente les moyens de diagnostic, plus on enregistrera de nouveaux cas”, estiment-ils.

Le patron de l’INSP a tenu ainsi à rassurer que la plus grande proportion des sujets touchés sont asymptomatiques. “Plus de 80% des cas notifiés sont asymptomatiques. Les 20% restants sont symptomatiques, et 5% d’entre eux sont admis en réanimation. Et le taux de mortalité représente en fait 60% des 5% qui sont passés à la réanimation”, détaillera le Pr Rehal, qui souligne que les experts de l’instance scientifique relèvent tout de même un chiffre positif dans les bilans cumulés.

“Le point positif du Sras-cov2 est le taux de décès qui est des plus bas”, dira-t-il. Ces résultats sont-ils justifiés par l’effet de la chloroquine ou l’effet du confinement ? Le Pr Belhocine soutient que le confinement, qui désigne par définition une action passive, est indispensable pour réduire l’intensité de l’infection. “Le confinement réduit bien les probabilités de rencontre et de contact d’une personne infectée avec le reste de la société.”

L’expert en santé publique ne manquera pas de relever l’importance du confinement ciblé : “Les pays qui disposent d’un système de santé plus efficace et qui sont plus réactifs, ne font pas tout à fait la même chose. Quand on découvre un cas, les autorités sanitaires déclenchent des investigations autour du cas confirmé positif. Dans ces pays, on ne confine pas et on surveille pendant 14 jours les personnes détectées par l’enquête.

Cette pratique permet de circonscrire les gens susceptibles de disséminer le virus dans la société. C’est à ce moment qu’on peut penser à lever le confinement tout azimut ou le confinement total.” Et d’avertir : “Si vous pensez à déconfiner la société sans faire d’enquêtes épidémiologiques, c’est dangereux ; le risque sanitaire sera élevé.”

Alors qu’au début de l’épidémie, les autorités sanitaires faisaient ces enquêtes épidémiologiques, pourquoi les a-t-on arrêtées ? “On a les moyens pour lancer ces enquêtes à travers le territoire national. Du moment qu’on dispose de services d’épidémiologie de médecine préventive partout en Algérie, on est capable d’enquête après promulgation de chaque bilan de contamination.

Il suffit juste de former un simple technicien ou un infirmier pour s’acquitter de ces missions. L’enquête consiste à mettre les coordonnées des sujets contacts du cas notifié la veille. Si on annonce aujourd’hui 120 cas positifs, il faudra lancer le lendemain 120 enquêtes épidémiologiques”, concluent nos interlocuteurs.

Hanafi H.