Saïd Beghoul. Expert en énergie : «Le pétrole algérien se négocie entre 14 et 22 dollars le baril»

Zhor Hadjam, El Watan, 22 avril 2020

– Le pétrole américain s’est effondré lundi, se négociant dans le négatif pour le contrat de mai. Le contrat de juin se négocie à des valeurs basses. Quelles sont les raisons de cette situation, selon vous ?

Cette chute des prix du pétrole américain West Texas Intermediate (WTI) était prévisible pour le contrat de mai, mais la cotation enregistrée lundi dans le négatif, c’est une première.

La chute des prix enregistrée s’explique par la coïncidence de la date d’expiration du contrat de livraison de mai et l’arrivée des stocks mondiaux à un niveau record, avoisinant les 7,5 milliards de barils, soit 80% des capacités totales, pendant que la production se poursuit un peu partout aux Etats-Unis et au Canada, entre autres.

Il faut noter que les stocks commerciaux aux Etats-Unis grossissent depuis sept semaines en moyenne de 15 à 20 millions de barils par semaine, et comme il y a un déficit en oléoducs pour évacuer les volumes produits, ces derniers, faute de capacités de stockage, devaient être cédés «gratuitement» avant le 22 avril 2020, début du contrat de livraison du mois de juin, dont le prix est négocié à environ 26 dollars le baril, mais avec un risque d’un remake, si on ne privilégie pas le déstockage à la production. Alors que la période contractuelle de juin entrera en vigueur aujourd’hui, on constate que le WTI est toujours dans le territoire négatif.

– Quel impact aura cette situation inédite sur la durée ?

Cette situation ne devrait pas durer, étant donné que des mesures vont inévitablement être prises dont, par exemple, le rachat par Trump de quelque 75 millions de barils pour booster ses réserves stratégiques.

Par ailleurs, la Chine, profitant de cette baisse des prix, a envisagé de remplir également ses stocks, sans oublier que certains producteurs de schiste américains, ne pouvant survivre à ce prix, vont diminuer leur production ou fermer carrément des puits.

– Comment voyez-vous aussi l’impact sur le Brent, qui est actuellement autour de 20 dollars, et quelles seraient les répercussions sur le pétrole algérien, le Sahara Blend ?

Contrairement au pétrole américain West Texas Intermediate (WTI), qui ne se vend que sur le marché américain, le Brent est une référence internationale et donc ne sera, de ce fait, peut-être pas trop affecté par les tendances constatées sur le marché enclavé américain. Le Brent est par contre plus affecté par la crise sanitaire qui paralyse le transport, et donc la demande à l’échelle mondiale, que par ce qui se passe outre Atlantique.

Quant au pétrole algérien, le Sahara Blend, il est, aujourd’hui, victime de sa légèreté (45⁰API), une qualité qui fait de lui un brut très prisé par les raffineries à vocation essentiellement «carburants».

Pour l’heure, avec la paralysie du transport (aérien, maritime, terrestre,..), les raffineries clientes du pétrole léger n’en veulent plus. Ce qui explique son prix, qui oscille ces derniers temps entre 14 et 22 dollars le baril, un prix qui n’est pas très loin du coût de production