Près de 5000 médecins diplômés en Algérie en attente de régularisation en France !

En guise de reconnaissance de leur grande contribution à la lutte contre le Covid-19

Samir Ghezlaoui, El Watan, 14 avril 2020

Jeudi dernier, le président français, Emmanuel Macron, s’est rendu à l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection de Marseille où il a rencontré le désormais célébrissime microbiologiste Didier Raoult, qui ne cesse de promouvoir un traitement contre le virus à base de l’hydroxychloroquine et qui mène actuellement une étude clinique prometteuse sur plus de 1000 patients.

Or, l’une des images retenues de cette visite surprise, c’est l’échange éclair entre Macron et les membres de l’équipe de recherche dirigée par le professeur Raoult.

Et pour cause, ils sont pour la plupart issus de pays étrangers particulièrement africains, dont l’Algérie. «Merci de participer à l’effort collectif», a lâché le président français.

Si ces doctorants, jeunes chercheurs et, surtout, médecins internes étrangers avec des diplômes français ne semblent pas trouver d’obstacles particuliers pour intégrer pleinement le système de santé en France, c’est loin d’être le cas pour les praticiens à diplômes hors Union européenne (PADHUE), qui eux souffrent de discrimination administrative depuis plusieurs années.

Malgré un «statut précaire» et un «salaire dérisoire», ils participent «en première ligne» à la lutte contre la pandémie du Covid-19 aux côtés de l’ensemble de leurs confrères, tel que le souligne une lettre ouverte adressée au Premier ministre, Édouard Philippe, et rendue publique le 5 avril.

Cosigné par treize éminents médecins français – dont trois d’origine algérienne, en l’occurrence Amine Benyamina, Sadek Beloucif et Madjid Si Hocine –, le texte précise que ces soignants sont parmi ceux qui «s’engagent avec abnégation dans les postes les plus exposés, aux urgences et dans les services de réanimation».

Ils contribuent ainsi largement, selon les signataires, à maintenir «le fonctionnement du service hospitalier dans la bourrasque et sauvent des vies dans des conditions difficiles matériellement, mais aussi périlleuses pour eux-mêmes».

Afin d’éviter qu’ils retournent «à la précarité et à l’incertitude sur leur avenir en France une fois la crise surmontée» et en guise de «reconnaissance de la nation pour leur courage et dévouement», il est demandé au gouvernement français «d’engager immédiatement l’intégration pleine et entière dans le système de santé de tous ces praticiens».Cantonnés dans des statuts désavantageux

Alors qu’ils officient régulièrement dans tous les services au sein des hôpitaux publics et autres centres hospitaliers, où ils sont parfois indispensables, notamment dans les déserts médicaux, ils sont considérés comme des médecins de seconde zone.

Ce sont généralement des non-titulaires, engagés à titre contractuel pour un salaire souvent en deçà de ce qu’ils méritent. Cela concerne singulièrement les praticiens avec des diplômes algériens. Ils représentent environ un tiers du nombre total des PADHUE en France, évalué par le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) à plus de 14700 personnes.

En effet, parmi les quelque 15 000 soignants nés en Algérie et exerçant en France, toujours d’après les estimations du CNOM, près de 5000 d’entre eux ont fait leurs études de médecine en Algérie avant d’émigrer à la recherche de meilleures opportunités professionnelles, bénéficiant d’une législation favorable à leur venue. Cependant, aussitôt arrivés, ils sont discriminés par rapport à leurs collègues formés localement et se voient cantonnés dans des statuts désavantageux : Faisant fonction d’interne (FFI), Praticien attaché associé (PAA), etc.

En attendant la réaction de l’Etat français, qui pourrait profiter de cette situation sanitaire d’exception pouvant s’étaler dans la durée pour régulariser la situation de tous les PADHUE, il est à noter que la nouvelle loi santé, adoptée le 16 juillet 2019, prévoyait déjà l’intégration des médecins ayant des diplômes étrangers au cas par cas, surtout ceux considérés comme «indispensables» au système de santé français.

Paris
De notre bureau Samir Ghezlaoui