Le gouvernement face à l’onde de choc du Coronavirus : Coup de massue pour l’économie algérienne

Samira Imadalou, El Watan, 23 mars 2020

La Chine, l’Europe et les Etats-Unis sont en train de faire face à une des pires crises économiques de leur histoire entraînant dans ce sillage leurs principaux partenaires. L’isolement géographique et le freinage volontaire de l’économie dans certains pays pour limiter la propagation du virus ont conduit au gel de plusieurs secteurs et réduit drastiquement la demande en hydrocarbures.

Si au début de la crise sanitaire, le tourisme et le transport aérien étaient les plus touchés par la baisse de la cadence, aujourd’hui, alors que le nombre des personnes contaminées et des victimes s’allonge d’une manière inquiétante, la liste des activités économiques à l’arrêt est également en hausse (pharmacie, industrie manufacturière, automobile…) avec 900 millions de personnes confinées à travers 30 pays.

Exemple : le coronavirus est en train de mettre à l’arrêt toute la filière automobile. Il y a eu la semaine dernière l’annonce de Michelin, qui a décidé de fermer ses usines en France, en Espagne et en Italie, la décision de PSA et Fiat Chrysler Automobiles (FCA) qui ont préféré mettre à l’arrêt la quasi-totalité de leurs sites en Europe. Renault a également gelé son appareil de production pour éviter la propagation du Covid-19 dans ses équipes. Rien qu’en France, Renault a fermé douze usines qui emploient 18 000 personnes et quatre autres sites espagnols, où travaillent près de 10 000 salariés.

Recettes d’hydrocarbures en chute

C’est dire que l’économie mondiale va mal, très mal à l’heure du confinement. Et il faut s’attendre à ce que la situation se complique davantage dans les prochains jours.

Depuis janvier, le prix du Brent a perdu 55% de sa valeur tombant au-dessous de 25 dollars la semaine dernière. Les effets sur le secteur des hydrocarbures s’annoncent lourds surtout dans les pays comme l’Algérie (dont les trois principaux partenaires en Europe : Italie, Espagne et France sont en crise sanitaire) ou les recettes au cours des deux premiers mois de l’année en cours sont tombées à 5 milliards de dollars.

«Si les conditions actuelles du marché persistent, les revenus issus du pétrole et du gaz chuteront de 50% à 85% en 2020, atteignant leur plus bas niveau depuis 20 ans», avertissement conjointement l’Agence internationale de l’énergie et l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Invité la semaine dernière à se prononcer justement sur cette situation sur les ondes de la Radio nationale, l’expert international Abderrahmane Mebtoul dira à ce sujet : «Si le cours est à 30 dollars le baril, les recettes de Sonatrach s’établiraient à environ 12/13 milliards de dollars.

Et si on retire 20/25% de charge à des associés, le profit net de Sonatrach se situerait autour de 9/10 milliards de dollars et pour le gaz naturel si le cours sur le marché libre est inférieur à 1,5 dollar le MBTU et le GNL 3 dollars, 80% des gisements ne seront plus rentables et à 20 dollars, il n’y aurait plus de profit net pour l’ensemble des gisements.» C’est dire l’ampleur des pertes.

Le coup est en somme dur à encaisser pour l’Algérie qui se retrouve au centre de grandes difficultés. Entre l’urgence des réformes structurelles, celle d’assurer la régulation du marché en cette période cruciale et la gestion de cette crise sanitaire sans précédent avec toutes les dépenses à engager pour lutter contre la propagation dans un système sanitaire défaillant, les défis à relever sont des plus difficiles.

Le débat autour de l’accompagnement, de l’indemnisation des petites entreprises, commerces a déjà commencé. «Le gouvernement algérien doit prendre des mesures et des règles d’indemnisations pour celles et ceux qui exercent une activité artisanale ou commerciale comme la restauration et le transport», appellent les commerçants. En effet, les mesures adoptées par le gouvernement (arrêt des transports publics et privés, fermeture des commerces…) Et les appels au confinement général réduiront nettement l’activité. Le choix est certes clair puisque la bataille est avant tout d’ordre sanitaire. Mais, les commerces et les petites entreprises vont avoir du mal à s’y remettre après.

Télétravail, une possibilité mais…

Au niveau des entreprises, ce sera également le blocage puisque le télétravail n’est possible que dans certains cas faute de moyens et de stratégie de digitalisation. Résultat : du retard accusé en matière de numérisation de l’économie au cours de ces dernières années. Pourtant, le télétravail est la seule option pour assurer la continuité de la relation de travail, et ce, d’autant qu’il offre la possibilité de limiter les déplacements avec le besoin qui se fait de plus en plus ressentir ces dernières semaines.

Il s’agit d’un côté d’assurer la continuité du travail et de préserver l’emploi. Un autre dossier à prendre en charge en cette période puisque des menaces pèsent sur de nombreux travailleurs. En effet, parallèlement à l’amélioration de la capacité de résilience de l’économie nationale à ce choc, à la préservation des réserves de change, au développement de l’investissement, il y a lieu de sauvegarder les emplois.

Faudrait-il rappeler dans ce cas que le premier ministre, Abdelaziz Djerad, a évoqué cette question devant les membres du gouvernement le 18 mars lors de la réunion consacrée à l’examen d’un avant-projet de la Loi de finances complémentaire (LFC 2020), à la situation du marché pétrolier international et la balance commerciale. Il a annoncé dans ce cadre l’élaboration d’une autre LFC pour prendre en charge les urgences.

Echanges en baisse à l’heure du confinement

En attendant, les pouvoirs publics se penchent sur la question de la spéculation qui revient à chaque crise faute d’une stratégie de contrôle efficace. Le chef de l’Etat a même annoncé dans son discours la suspension des opérations d’exportations de certains produits pour assurer l’approvisionnement du marché. Même si l’Algérie n’exporte pas grand-chose, cette mesure vient nous rappeler celles prises ailleurs à travers la fermeture des frontières, ce qui va réduire les échanges commerciaux et qui donne aussi à réfléchir sur les stratégies à adopter après le coronavirus.

Pascal Boniface, directeur de l’Institut français des relations internationales et stratégiques (IRIS) le dit d’ailleurs : «Peut-être qu’il faudra produire plus près de chez soi et ne pas multiplier les échanges dont certains sont inutiles.» Il estime par ailleurs que l’arrêt économique n’est que provisoire. «La Chine devrait rapidement reprendre sa marche en avant vers la croissance.

Le reste du monde suivra. Il y aura certainement une année blanche, mais dès que la crise sera passée, les gens auront de nouveau envie de voyager, se distraire et consommer. Mais il faudra le faire avec des comportements différents», ajoutera-t-il.

Mais, pour l’heure, place aux prévisions plutôt moroses dans les pays les plus touchés. Les agences de notations ont déjà commencé à y travailler. Elles estiment par exemple que cet épisode est le pire choc pour l’économie italienne depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le chiffre d’affaires des entreprises italiennes pourrait tomber en moyenne de 17%. On avance même qu’avec une grande majorité de quelque 750 000 petites et moyennes entreprises (PME) italiennes, si la crise sanitaire se prolongeait jusqu’à la fin de l’année, ces entités pourraient perdre jusqu’à 650 milliards d’euros. Les pertes pour l’économie italienne pourraient s’élever à 220 milliards d’euros cette année, et 55 milliards supplémentaires en 2021, selon les premières estimations.

ONU : Risques croissants de récession

Globalement, à l’échelle planétaire, l’on évoque de plus en plus le risque de récession. «La propagation du virus a perturbé les chaînes d’approvisionnement et provoqué la chute de l’investissement et de la consommation, conduisant à un risque réel et croissant de récession mondiale», a souligné le 15 mars le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres appelant les gouvernements du monde à travailler ensemble pour empêcher une telle situation. Le Fonds monétaire international (FMI) a, pour sa part, avertie que la gravité du ralentissement de l’économie mondiale dû au coronavirus dépendrait de la durée de celle-ci et des réponses apportées par les gouvernements.

Début mars, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a prévenu que la croissance en 2020 serait inférieure aux 2,9% de 2019, sans pouvoir «prédire de combien», et ce ne sont que la première conséquence de l’onde de choc partie de la deuxième économie mondiale en décembre 2019 pour s’étaler à travers le monde entier. Dans ce contexte, c’est aussi la route de la soie qui se retrouve grippée.

Une initiative intitulée «la ceinture économique de la route de la soie et la route de la soie maritime du XXIe siècle» ratifiée pour rappel par l’Algérie en septembre 2018. Une route commerciale qui a ouvert la voie à cette pandémie mondiale selon les adeptes de «démondialisation».