Alors que les prix du pétrole ont chuté de 50% : Marges de manœuvre restreintes pour le gouvernement

Zhor Hadjam, El Watan, 24 mars 2020

L’Algérie tablait sur des recettes de 34 milliards de dollars en 2020, mais la chute des cours de l’or noir et la baisse des exportations de gaz de l’ordre de 18%, ces dernières semaines, ont déjà fait reculer fortement les recettes.

Face à des prix mondiaux du pétrole se situant à leur plus bas niveau depuis près de deux décennies, l’Algérie risque de connaître une crise économique sans précédent au vu des projections très pessimistes, à court et moyen terme sur l’évolution des cours de l’or noir, dans un marché soumis à une forte abondance, suite à la pandémie de coronavirus, exacerbée par une guerre des prix entre les deux leaders Russe et Saoudien.

Dans ce contexte, le ministre de l’Energie a a indiqué lors du Conseil des ministres tenu dimanche dernier que les prix du pétrole ont accusé «une chute de plus de 50% en mars 2020, comparé au mois de janvier dernier». Il a relevé l’impact de cette dégringolade sur les pays producteurs. C’est le cas de l’Algérie dont les recettes ont déjà diminué d’un milliard de dollars en février, en comparaison avec les prévisions du gouvernement.

Une manne financière qui se contracte fortement depuis des semaines, et qui risque de se désagréger, au vu du non-respect – d’ores et déjà annoncé – par certains pays pétroliers du plafonnement décidé par l’OPEP et les non-OPEP, à compter du début du mois prochain, et ce, contrairement à leurs engagements, comme le précise le ministre de l’Energie.

La décision de non-respect du système des quotas qui risque de plonger le marché pétrolier dans une crise profonde, jamais égalée depuis au moins vingt ans, préjudiciable à tous les producteurs mais notamment aux petits producteurs dépendant des hydrocarbures, tels que notre pays.

L’Algérie tablait sur des recettes de 34 milliards de dollars en 2020, mais la chute des prix de l’or noir et la baisse des exportations de gaz de l’ordre de 18%, ces dernières semaines, ont déjà fait reculer fortement les recettes, Selon le ministre de l’Energie, notre pays a engrangé à fin février 2020, 5 milliards de dollars de recettes seulement, alors que les prévisions initiales annonçaient 6 milliards de dollars pour la période énoncée ci-dessus.

Face a cette situation alarmante, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui présidait le Conseil des ministres dimanche, en vue de mesures à prendre pour une sortie de crise, a affirmé que l’Algérie devait se préparer «sérieusement pour surpasser les répercussions de la crise économique mondiale» et faire face au recul des recettes algériennes d’exportation des hydrocarbures.

Et d’ajouter que c’est également «une occasion pour nous de prendre conscience de la vulnérabilité de notre économie nationale, en raison de notre négligence pendant des décennies à la libérer de la rente pétrolière, indiquant qu’il est impératif de mettre un terme aux mauvaises pratiques qu’a inculquées la période de l’aisance financière, à l’exemple du gaspillage, de l’esprit dépendantiste, de la fainéantise et de la surconsommation».

Il a affirmé que «se débarrasser de ces pratiques demeure un devoir noble pour nous tous afin de passer sérieusement, collectivement et définitivement vers l’édification d’une nouvelle économie fondée sur la diversification des recettes, la protection de la production nationale, l’économie du savoir et la concrétisation de la transition énergétique».

«Et ce, a-t-il expliqué, pour que le destin de toute une nation ne soit pas à la merci des fluctuations des marchés pétroliers, c’est dire la menace que cela peut constituer vis-à-vis de notre subsistance quotidienne et de la souveraineté nationale.»

De son côté, le ministre de l’Energie a fait part de plusieurs mesures prises par son département pour faire face à la situation induite par la baisse des prix du pétrole.

Il préconise ainsi l’augmentation au plus haut niveau de la production des engrais, le renforcement des prestations de transport maritime d’hydrocarbures au niveau international, l’examen de la possibilité d’exportation de l’électricité vers certains pays voisins, la réduction des importations du secteur au maximum, le report des projets d’investissement ne revêtant pas un caractère urgent, particulièrement les centrales électriques, et le gel des appels d’offres lancés pour l’acquisition d’équipements des transports, à même d’économiser un milliard de dollars.