Trains, gares routières, métro, Etusa : Les transports publics paralysés

Mustapha Benfodil, El Watan, 23 mars 2020

Avec la suspension des transports en commun, le trafic à Alger était encore plus fluide hier. La capitale ressemble de plus en plus à une ville sous couvre-feu.

Fermeture temporaire de l’accès» annonce une pancarte estampillée RATP El Djazaïr accrochée à la grille de la station de métro Khelifa Boukhalfa.

Pas de métro donc ce dimanche sur toute la ligne. Pas de tram non plus. A la gare Agha, tous les trains sont à l’arrêt. La gare routière du 2 Mai 1956, près du port d’Alger, est également déserte, de même que la station Etusa de la place Audin et celle du 1er Mai, ainsi que la station Aïssat Idir. Seuls les taxis assuraient le service hier.

«Ce matin, c’est mon frère qui m’a déposé à mon lieu de travail. Mais maintenant, je ne sais pas comment rentrer», confie, désemparé, un agent paramédical travaillant à la clinique des Orangers et résidant aux Eucalyptus. Croisé sur la passerelle menant vers la station du 2 Mai, non loin de Tafourah, notre infirmier espérait une sorte de service minimum.

«Nous, le personnel médical, on est obligés de nous rendre au travail. Je vais essayer de trouver un taxi ou bien h’bab rabbi (un bienfaiteur) pour rentrer chez moi», soupire-t-il avant de reprendre son chemin en direction de la station de bus fantomatique.

Pour rappel, hier, les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement sont entrées en vigueur, dont celle décrétant la «suspension de tout type d’activité de transport de personnes allant des services aériens sur le réseau domestique au service de taxi collectif, en passant par les transports routiers, ferroviaires ou guidés, sur toutes les liaisons, à l’exclusion de l’activité de transport des personnels à la charge des employeurs» (APS).

Avec la suspension des transports en commun, le trafic à Alger était encore plus fluide hier. La capitale ressemble de plus en plus à une ville sous couvre-feu, avec des magasins majoritairement fermés, de même que les cafés, les parcs et autres aires de jeux, sans parler des écoles, de facultés et des crèches.

Ayant pris conscience du danger, les Algérois limitent désormais leurs déplacements et ceux que l’on peut croiser dans la rue sont majoritairement les «ouled el houma», les riverains d’un même quartier qui se consolent en partageant cette expérience du «semi-confinement» entre voisins, quitte à narguer les consignes de «distanciation sociale».

Tout le monde ne pouvant pas s’offrir le luxe du télétravail, certains, pour se rendre sur le lieu de leur activité professionnelle, s’en remettent aux taxis.

D’autres redécouvrent les vertus de la marche dans la jungle urbaine. «Moi, j’ai cessé de prendre les taxis. Je vais au boulot à pied. Ça me prend une heure de temps, mais c’est plus sûr. Imaginez le nombre de personnes que nos tacots ramassent par jour. Je ne supporte plus de me trouver confiné dans ces habitacles douteux.

Chez nous, les taxis ont remplacé depuis longtemps les transports en commun, surtout sur certaines lignes peu desservies. Parfois, je prenais un Yassir, mais ça revient cher à la longue», témoigne un cadre résidant sur les hauteurs d’Alger. «La marche me fait du bien et me permet d’éviter de contaminer les miens. J’ai surtout peur pour ma mère qui est âgée et souffre de problèmes respiratoires», appuie-t-il.

Transport solidaire du personnel médical

Il faut noter que de plus en plus de chauffeurs de taxi se montrent prudents eux aussi vis-à-vis de leur clientèle et n’hésitent pas à s’afficher avec un masque protecteur et des gants. «Ça devient très sérieux cette histoire !

Je suis obligé de me protéger au maximum», lâche un chauffeur de taxi arborant masque et gants en caoutchouc bleus, et qui ne se gêne pas pour conseiller à tous ses clients d’en faire de même. «Dans notre entreprise, on s’est mis au covoiturage» indique, pour sa part, un employé dans une société de construction.

Il convient de souligner, par ailleurs, les initiatives solidaires de certaines plateformes de réservation de véhicules comme Wesselni ou encore Lahekni qui proposent d’assurer gratuitement le transport au profit du personnel médical dans les villes couvertes par leurs réseaux.

«Wesselni a le grand honneur d’offrir un transport gratuit au personnel du secteur de la santé, et ce, dans toutes les wilayas où notre service est disponible, jusqu’à ce que le risque de la pandémie s’allège», a annoncé cet opérateur via sa page Facebook.

Wesselni a raison de souligner que cette catégorie professionnelle est sans doute celle qui mérite le plus de soutien et d’attention dans cette phase délicate : «Ce sont eux qui se trouvent en première ligne face aux dangers qui menacent leur santé et qui travaillent jour et nuit pour alléger les souffrances des citoyens.»

Notons aussi cette initiative de Zahir Aloui, maire de la commune de Smaoun, dans la wilaya de Béjaïa, qui a posté cette annonce sur son compte Facebook : «Suite à l’arrêté d’interdiction du transport public et privé, l’ensemble des fonctionnaires du secteur de la santé résidant à Smaoun sont priés de me contacter (…) et ce dans l’optique de finaliser le recensement du corps médical et d’assurer leur transport vers les structures de santé.»

Enfin, retenons cet appel du Dr Aissam Chibane, chirurgien au CPMC de l’hôpital Mustapha, connu pour son engagement au sein du hirak, qui interpelle les autorités sur la nécessité de ne pas laisser les travailleurs de la santé livrés à eux-mêmes.

«Le gouvernement doit assurer le transport pour les professionnels de la santé, faute de quoi l’absentéisme est à prévoir aussi. Beaucoup d’infirmiers, de résidents, de médecins arrivent à l’hôpital par train et transports en commun», prévient le Dr Chibane sur les réseaux sociaux.