Pour relancer l’économie : La Banque d’Algérie abaisse le taux directeur et le taux de réserve obligatoire

Nadjia Bouaricha, El Watan, 17 mars 2020

La Banque d’Algérie (BA) vient de prendre une nouvelle décision pour faire face au souci de manque de liquidité dont souffrent les banques. Le Comité des opérations de politique monétaire (COPM) de la BA a opté pour la réduction, depuis hier, du taux directeur de la Banque à 3,25% ainsi que le taux de réserve obligatoire à 8%.

Dans un communiqué rendu public hier, la BA souligne que le COPM, lors de sa réunion mardi dernier, a «décidé de réduire le taux de réserve obligatoire de 10% à 8% et d’abaisser de 25 points de base (0,25%) le taux directeur de la Banque d’Algérie pour le fixer à 3,25%, et ce, à compter d’hier 15 mars 2020». Selon le communiqué de la BA, cette décision est de nature à «permettre de libérer, pour le système bancaire, des marges supplémentaires de liquidités et mettre ainsi à la disposition des banques et établissements financiers des moyens additionnels d’appui au financement de l’économie nationale à un coût raisonnable».

C’est à la lumière de l’évolution de la situation financière nationale et internationale et des perspectives à court et moyen termes, que cette décision a été prise, explique la BA. «Les banques sont astreintes à la constitution de réserves obligatoires, conformément au règlement de la Banque d’Algérie n°2004-02 du 4 mars 2004 fixant les conditions de constitution des réserves minimales obligatoires et à l’instruction n°02-04 du 13 mai 2004 relative au régime des réserves obligatoires», explique Brahim Guendouzi, professeur d’économie à l’université de Tizi Ouzou, dont nous avons sollicité l’expertise afin d’analyser cette décision de la Banque d’Algérie.

«Les réserves obligatoires des banques sont constituées sur l’ensemble de leurs exigibilités collectées et/ou empruntées en dinars et des exigibilités liées à des opérations de hors bilan, à l’exception des exigibilités envers la Banque d’Algérie», note encore notre interlocuteur, en précisant que l’assiette des réserves obligatoires comprend les dépôts en dinars de toute nature, à savoir les dépôts à vue, à terme, ou dépôts préalables à l’importation, ou encore les livrets et dons d’épargne, les bons de caisse ou autres. «Les réserves obligatoires constituent le moyen par lequel la Banque d’Algérie (banque des banques) cherche à transmettre les effets de sa politique monétaire, à travers les banques, au dernier détenteur de la monnaie : le public», explique le Pr Guendouzi en précisant que la BA a eu à relever à plusieurs reprises le taux des réserves obligatoires en tant qu’instrument monétaire contre les effets du financement non conventionnel.

«Ce taux était de 4% en 2017, passant à 8% en 2018 puis 12% en 2019. Aujourd’hui, ce taux est ramené à 8%. Cela signifie que l’Institut d’émission cherche à modifier la position de liquidité des banques entraînant la variation de leur comportement sur le marché interbancaire quant à l’offre et la demande. En d’autres termes, il y a incitation des banques à octroyer plus de crédits aux agents économiques», décrypte notre interlocuteur. Concernant le relèvement du taux directeur de la BA à 3,25%, l’objectif, indique le Pr Guendouzi, est d’«assurer l’ancrage des taux d’intérêt du marché monétaire interbancaire sur le premier taux d’intérêt».

A la question de savoir ce que pourraient apporter ces mesures à l’économie nationale, Brahim Guendouzi estime qu’il s’agit là d’une évolution de la politique monétaire de la Banque d’Algérie par rapport à la période du financement non conventionnel de 2017 à 2019. «Les préoccupations exprimées récemment par le président de la République, suite au brutal revirement des cours du pétrole brut, ont fait ressortir les contraintes de financement de l’économie nationale dans la conjoncture actuelle. Il ressort une volonté d’utiliser toutes les possibilités, notamment le financement bancaire. Les contraintes rencontrées par les entreprises ces derniers mois à contracter des crédits auprès des établissements bancaires, ont fait réagir de nombreux chefs d’entreprises sur leur appréhension à continuer leurs activités», fait remarquer le professeur en économie. Ceci et de relever que «la Banque d’Algérie veut relancer le crédit bancaire dans l’intérêt de la croissance économique, menacée aujourd’hui par les effets de la pandémie de coronavirus, la crise du marché pétrolier et le ralentissement du commerce extérieur».

Ainsi cette mesure est un appel à la relance de l’appareil économique bloqué par à la fois la crise financière internationale, mais surtout par des mesures prises il y a quelques années et dont les effets ont mené au désinvestissement. «C’est un signal donné aux banques pour proposer d’autres produits et services pour collecter l’épargne existante, et ce, à travers différents canaux. La mobilisation de cette ressource consistante nécessite un facteur attractif : le taux d’intérêt (réel !)», conclut notre interlocuteur.