Marche du quatrième samedi du hirak à Alger : Des dizaines d’arrestations parmi les manifestants

H. Lamriben, El Watan, 15 mars 2020

Les forces de l’ordre ont opéré plusieurs interpellations musclées parmi les manifestants et les activistes, qui ont scandé les slogans habituels du mouvement populaire, dont «Dawla madania machi askaria !» «Istiqlal !» et «Silmiya !»

Plusieurs dizaines de manifestants et militants du hirak ont été interpellés, hier après-midi, par la police à Alger alors qu’ils participaient à une manifestation antirégime. Des dizaines de personnes ont tenté de défiler dans les rues de la capitale pour manifester leur opposition au système en place en dépit du risque lié à l’épidémie de coronavirus.

Il s’agit du 4e samedi consécutif où une manifestation du hirak est réprimée par la police. A l’instar de samedi dernier, les policiers, armés de matraques et de boucliers et déployés en force dans le centre d’Alger, n’ont pas hésité à disperser violemment les partisans du hirak, qui continuent à réclamer un changement total à la tête du pouvoir.

Les forces de l’ordre ont opéré plusieurs interpellations musclées parmi les manifestants et les activistes, qui ont scandé les slogans habituels du mouvement populaire, dont «Dawla madania machi askaria !» «Istiqlal !» et «Silmiya !» Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) a fait état de l’arrestation d’une «centaine» de personnes dont «plusieurs femmes embarquées de la place Audin vers des destinations inconnues».

Parmi les personnes interpellées, figure le journaliste Khaled Drareni. Placé mardi dernier sous contrôle judiciaire par le tribunal de Sidi M’hamed après trois nuits passées en garde à vue, Khaled Drareni a été une nouvelle fois interpellé par la police à la rue Victor Hugo.

«Un groupe de 13 personnes, dont le journaliste Khaled Drareni, se trouvent au commissariat de police de Sorecal (Bab Ezzouar)», a précisé le CNLD. L’ONG Reporters sans frontières, qui a dénoncé à nouveau un «harcèlement intolérable», a appelé à la libération «immédiate» de son correspondant local. Le CNLD a fait état de l’arrestation de l’activiste Amina Haddad et Sara Ladou, ainsi que Fafache Merniche et Madani Chaib, membres du comité citoyen.

Le CNLD a fustigé le «kidnapping» du jeune Marwan Machi par des agents de la police en civil, «alors qu’il était en train de faire des lives de la marche».

Le Réseau de lutte contre la répression a dénoncé «énergiquement l’arrestation» de la militante Amina Haddad, membre actif du réseau. «Nous exigeons sa libération immédiate et inconditionnelle ainsi que de toutes les personnes arrêtées.

Nous dénonçons par la même occasion l’usage démesuré de la violence contre des citoyens pacifiques», s’est offusqué le Réseau de lutte contre la répression, via sa page Facebook.

Par ailleurs, plus de 20 personnes ont été placées en garde à vue au commissariat de Cavaignac depuis vendredi soir. Elles ont toutes été arrêtées lors la marche d’Alger vendredi 13 mars. Les manifestants seront présentés, aujourd’hui, devant le procureur du tribunal de Sidi M’hamed, selon le CNLD.

Les arrestations opérées vendredi dernier «sont en violation du droit», et «enveniment plus la situation», a fustigé Saïd Salhi, vice-président de la LADDH, sur sa page Facebook. Vendredi dernier, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains a appelé les autorités à «cesser (leur) acharnement judiciaire» contre les militants du hirak, après la tenue cette semaine de plusieurs procès qui se sont soldés par des condamnations ou des reports.

«Les manifestants engagés dans le mouvement du hirak algérien ne sont pas des menaces pour la sécurité nationale, ce sont des défenseurs des droits humains.

Il est temps de mettre un terme au harcèlement judiciaire à leur encontre, de libérer tous ceux qui restent arbitrairement détenus, et de garantir en toutes circonstances le droit à la liberté d’expression, d’association, de rassemblement, y compris le droit de manifester», a exigé Alice Mogwe, présidente de la Fédération internationale des droits humains (FIDH).