Procès de l’ancien patron de la DGSN: L’impressionnant patrimoine des Hamel dévoilé

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 14 mars 2020

La famille Hamel ne semblait éprouver aucune gêne, aucun embarras en justifiant devant le tribunal de Sidi-M’hamed l’origine des innombrables biens immobiliers détenus par chacun de ses membres.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Ce jeudi matin, deuxième jour du procès de l’ancien patron de la DGSN, la juge a dû, encore une fois, énumérer une longue liste d’appartements et villas inscrits aux noms des différents membres de la famille Hamel.
L’audition de Salima Laanani est particulièrement longue. L’épouse de Abdelghani Hamel est poursuivie pour fausses déclarations, possession non justifiée de plusieurs biens immobiliers, association de malfaiteurs et obtention illégale de documents officiels. La juge énumère ses biens après lui avoir fait remarquer qu’elle s’adresse à une femme sans emploi et donc sans rémunération: neuf locaux commerciaux d’une valeur de 16,5 millions de DA, des logements à Ouled Fayet et Chéraga, une maison à Sétif, et un compte qui contient 7 000 euros. La magistrate révèle également la valeur d’une villa en sa possession : plus de 2,5 milliards de centimes. Laanani Salima nie tous les faits qui lui sont reprochés et déclare que son seul projet était d’ouvrir une crèche.
«Les neuf locaux, dit-elle, étaient destinés à ce projet, mais il s’est rapidement avéré que la surface de 700 m était insuffisante». Elle indique, d’autre part, que la maison située à Sétif appartient à sa mère et que ses enfants lui ont promis de prendre en charge le paiement de la villa de plus de 2,5 milliards de centimes. Quant aux 7 000 euros trouvés sur son compte, elle déclare : «C’est un cadeau de mes enfants.»
Sa fille Chahinez n’offre pas plus de détails à la juge qui rappelle les faits pour lesquels elle est poursuivie et la longue liste de ses biens. Les chefs d’accusation sont pratiquement identiques à ceux retenus contre sa mère et ses frères : blanchiment d’argent, obtention illégale de documents administratifs, trafic d’influence sur des fonctionnaires. Voici la liste des biens énumérés par la juge : une maison de cinq pièces d’une valeur de douze millions de centimes qu’elle a acquise à l’âge de 22 ans, deux logements, l’un de trois pièces à Ben Aknoun et un autre de quatre pièces à Chéraga, un compte en banque CPA contenant trois millions de DA et un compte en devises qui contient 1 600 euros. Dans ses réponses à la juge qui l’interroge sur la manière dont elle a pu acquérir tous ces biens, elle déclare : «La maison de cinq pièces devait être prise en charge et payée en trois tranches par mes frères. A ce jour, je n’ai payé que cinq millions de DA.»
Hamel intervient à ce moment pour dire que sa fille n’a pas reçu d’aide de l’État et qu’il avait payé 210 millions de DA pour elle. Chahinez révèle enfin que les 7 000 euros trouvés sur son compte sont des cadeaux de son père et de son grand-père. S’ensuit l’audition de Chafik et Ameyar Hamel. Les fils de l’ancien patron de la DGSN, également poursuivis pour association de malfaiteurs, sont à la tête de onze Sarl. La liste des biens de Chafik Hamel est longue : une villa, un logement à Staouéli, un autre à Garidi, un logement social et un autre logement à la promotion Hasnaoui à Oran.
Ameyar Hamel est ingénieur d’Etat en commerce international mais insiste sur sa passion pour l’agriculture, un domaine dans lequel il est versé depuis l’âge de19 ans, dit-il, en ajoutant qu’il s’agit d’un legs de son grand-père.
Il affirme que ses villas et logements ont été acquis avec l’argent gagné grâce à ses activités dans ce secteur. Il déclare à la juge avoir monté ses sociétés grâce à des crédits bancaires.
La juge cite une société spécialisée dans l’alimentation, une huilerie, une entreprise d’élevage de volaille. Elle lui rappelle aussi qu’il est poursuivi pour obtention illégale de documents officiels, déclarations mensongères et trafic d’influence sur des fonctionnaires pour l’obtention d’indus avantages. Ameyar se défend : «Je n’ai jamais usé du nom de mon père pour obtenir des avantages, je suis plutôt du genre à défendre sa réputation.»
Avec ses deux autres frères, Ameyar est détenteur de deux hôtels, de deux ports secs à Oran, de stations-servies dans la même wilaya, de onze appartements et d’une villa. Lorsque le procureur lui évoque cette villa, il déclare : «Elle m’appartient ainsi qu’à mes frères, nous avons voulu l’offrir à mon père car la première maison était devenue insuffisante pour deux familles.» «Mes biens et mes sociétés sont légaux», se défend-il.
A. C.