Interdiction des rencontres et rassemblements à cause du coronavirus : Le hirak sera-t-il concerné?

Abdelghani Aichoun, El Watan, 11 mars 2020

Le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a évoqué une «décision» du président de la République d’interdire tout rassemblement, sportif, culturel ou politique, y compris donc les marches du hirak, et ce, pour cause de coronavirus.

Dans une déclaration faite, hier, lors de son passage au Forum du quotidien Echaab, celui-ci a affirmé que Abdelmadjid Tebboune a donné instruction «pour interdire les rencontres et les rassemblements à caractère culturel, économique, politique et sportif», afin de prévenir toute propagation de ce virus.

Le premier responsable du secteur de la Santé a fait remarquer, dans ce sillage, que plusieurs ministres ont dû suspendre déjà leur participation à des Salons ou des rencontres avec des étrangers.

Le ministre parle-t-il seulement des activités (rencontres et rassemblements) organisées par l’Etat ou ceci est extensible aux manifestations du mouvement populaire ? Il n’en dira pas plus.

Ce qui est certain, par contre, c’est que le championnat national du football se jouera désormais à huis clos, même si, là encore, il faut attendre l’annonce officielle de la part du ministère de la Jeunesse et des Sports ou de la Fédération algérienne de football (FAF).

Une déclaration plutôt confuse qui a déjà été largement commentée sur les réseaux sociaux par des militants qui y voient une tentative d’«interdire» le hirak. En tout cas, un peu plus loin, le ministre de la Santé s’est voulu rassurant quant à la situation qui prévaut dans le pays pour ce qui est de la propagation de ce virus, ce qui, d’ailleurs contraste avec la prise de décision aussi tranchée que l’interdiction de tous les rassemblements et rencontres.

D’après lui, l’Algérie est dans la «phase 1», où il est question «d’informer et de sensibiliser». «Nous maîtrisons la situation», a-t-il dit. Il y a la «phase 2», la lutte contre le virus, et par la suite la «phase 3», la plus «inquiétante», précise-t-il, puisqu’il serait question de «fermeture des écoles, des universités, de boucler des villes et de restreindre les transports publics». Mais ce qui a poussé plus d’un à se poser des questions sur les objectifs du gouvernement, c’est la simultanéité de déclarations faites, le même jour, par plusieurs ministres.

Ainsi, hier encore, le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, a estimé qu’il était «plus sage d’atténuer la tendance revendicative et l’occupation excessive de la voie publique» en raison de la crise que vit le pays.

«Devant l’ampleur de la tâche et des défis de l’heure, ainsi que devant la gravité de la situation économique et sociale actuelle du pays, il est attendu la mobilisation de toutes les parties pour sortir de cette crise multidimensionnelle, à travers une participation plus active du mouvement populaire principalement, dans la lourde tâche de construction de l’Etat rénové, auquel aspirent tous les enfants de notre pays, car l’Algérie appartient à tous ses enfants», a-t-il déclaré, dans un entretien à l’APS, avant d’estimer qu’«il serait plus sage d’atténuer la tendance revendicative et l’occupation excessive de la voie publique, qui ne fait qu’aggraver davantage la situation actuelle sans apporter de solutions concrètes aux différents problèmes auxquels font face les citoyens et citoyennes».

Ceci sans oublier la déclaration du ministre de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, qui a parlé lui de «quelques éléments» qui veulent «détruire le pays», et ce, en optant pour un autre jour de la semaine pour ce qui est des manifestations hebdomadaires.

S’agit-il de la préparation de l’opinion publique à l’interdiction de tout rassemblement dans le pays ? En tout cas, pour l’instant il n’y a pas de décision claire et officielle à ce sujet, même si les propos du ministre de la Santé peuvent être différemment interprétés, même si finalement le hirak n’est pas une activité «autorisée» dans la mesure où les manifestants ont imposé leurs marches du mardi et du vendredi, alors que l’interdiction de manifester, notamment dans la capitale, est toujours en vigueur.