Forte dépendance de l’économie algérienne de la Chine: Perturbations dans l’approvisionnement et des craintes pour les prix

Sofiane M., Le Quotidien d’Oran, 1er mars 2020

L’Economie algérienne, qui est fortement dépendante de la Chine, risque d’être affectée par le ralentissement de l’activité économique du géant asiatique, suite à la propagation inquiétante du nouveau coronavirus. L’Algérie est, en effet, le cinquième grand partenaire africain de la Chine avec un volume annuel d’échanges économiques et commerciaux qui a dépassé les 9 milliards de dollars, en 2019.

Le ralentissement de l’activité économique du géant asiatique se fait ressentir sur le marché local, dans plusieurs secteurs et essentiellement dans l’industrie pharmaceutique, le BTPH, la pièce de rechange des véhicules légers et lourds et la quincaillerie. Les associations de protection du consommateur, qui tirent, désormais, la sonnette d’alarme, craignent une flambée des prix de plusieurs produits de large consommation. Le créneau des médicaments sera le plus touché par ces perturbations dans l’approvisionnement et la tension concerneront, également, les produits pharmaceutiques fabriqués localement. La crise du coronavirus a révélé, au grand jour, la quasi dépendance de l’industrie pharmaceutique locale et internationale, à la Chine qui s’est accaparée, ces quarante dernières années, grâce à une stratégie économique agressive et à la délocalisation de toutes les usines européennes et américaines du créneau de production des matières premières ou molécules nécessaires pour la fabrication des médicaments. 90% de la pénicilline et l’ibuprofène, 50% de l’aspirine et une bonne partie des molécules composantes des anticancéreux, des génériques ou des vaccins sont produits en Chine. Le président de l’Association pour la protection et l’orientation du consommateur et son environnement (APOCE), Mustapha Zebdi, avoue qu’il existe une perturbation de l’approvisionnement du marché local en produits pharmaceutiques et en pièces de rechange. «La vitamine D, les médicaments utilisés en gynécologie/obstétrique ainsi que certains vaccins sont vendus actuellement, sous le comptoir. Ces médicaments sont généralement importés par le cabas. Plusieurs produits de nécessité manquent sur le marché, mais il ne s’agit pas encore d’une pénurie », affirme notre correspondant joint, samedi, par téléphone. Le président de la Fédération algérienne des consommateurs (FAC), Zaki Hariz, semble aussi inquiet des répercussions du ralentissement de l’activité de la première économie mondiale. « Nous avons constaté des perturbations dans l’approvisionnement du marché local en pièces de rechange, en quincaillerie, en matériaux de construction et surtout en médicaments. Presque toutes les molécules (matières premières) pour les médicaments de paracétamol ou les antibiotiques sont importées de Chine. Certes, il y a l’Inde, comme alternative, mais ce pays est aussi sous la menace de la propagation du virus. La concentration démographique dans les pays asiatiques est un facteur déterminant dans la prolifération de cette maladie. Il y aura une tension sur les stocks de ces produits et certains pourront céder à la tentation pour revoir les prix à la hausse. Les prix risquent de flamber dans les jours à venir, mais on espère, avec la montée de la température, un retour à la normale en avril prochain », confie notre interlocuteur. Il est à rappeler que la compagnie nationale Air Algérie a décidé, début février, de suspendre ses vols vers la Chine, comme mesure préventive temporaire, en raison de la propagation du coronavirus. La décision de suspendre les deux vols hebdomadaires assurés par Air Algérie vers Pékin (Chine) «s’inscrit dans le cadre de dispositions préventives temporaires», après que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ait déclaré, jeudi dernier, l’épidémie du nouveau coronavirus «urgence de santé publique de portée internationale», a précisé la compagnie. A l’instar de l’ensemble des compagnies aériennes, Air Algérie a pris des dispositions préventives, en mettant à la disposition des personnels naviguants des kits sanitaires (gants, masques et combinaisons spéciales) lors des vols à destination des régions où a été enregistré le virus, outre la désinfection des avions avant le décollage et après l’atterrissage.