53 e vendredi : les Algériens célèbrent le 1er anniversaire du hirak

Ryad Hamadi, TSA, 21 Février 2020

Il faut probablement remonter au 1er novembre ou au 5 juillet pour voir une mobilisation d’une telle ampleur. Pour son premier anniversaire, le Hirak a incontestablement tenu son pari.

Des centaines de milliers de personnes ont investi ce vendredi, la veille de la date anniversaire, les principales rues d’Alger pour réaffirmer leur détermination à poursuivre la mobilisation jusqu’à la satisfaction de la principale revendication, répétée inlassablement depuis février dernier : le départ du système.

Au début d’après-midi, il faut jouer des coudes pour se frayer un chemin au milieu de la foule très compacte. Déjà dès le milieu de matinée et contrairement aux vendredis précédents, des centaines de personnes étaient déjà rassemblés à la rue Victor Hugo, donnant un avant-goût de ce qu’allait être la mobilisation de ce 53e vendredi.

Il faut dire que pour une fois, sans doute anticipant sur la forte mobilisation, les services de sécurité ont légèrement allégé le dispositif, notamment entre la place Audin et la Grande poste, tout comme à la rue Asselah Hocine.

Mais le tunnel des facultés et le boulevard Mohamed V étaient bouclés. Dès la fin de la prière, c’est une marrée humaine qui a déferlé sur le centre-ville, particulièrement depuis les quartiers populaires de Bab EL Oued et la Casbah, à telle enseigne que la rue Asselah Hocine, itinéraire emprunté d’ordinaire, s’est révélé exiguë contraignant de nombreux manifestants à emprunter le boulevard Zighoud Youcef.

Comme il fallait s’y attendre, les manifestants, drapeaux à la main ou des portraits de figures historiques ou des détenus d’opinion, comme Abdelouhab Fersaouai, président de RAJ, Fodil Boumala ou Karim Tabbou, ou encore tenant des pancartes ou des emblèmes amazigh, visibles en nombre, ont annoncé la couleur.

« Nous ne sommes pas venus faire la fête, nous sommes venus vous dégager ! », ont-ils scandé longuement. « Nous avons dits que la bande doit partir » ou encore «Echaab Yourid el Istiqlal (le peuple veut l’indépendance », ont-ils repris en chœur de longues heures durant.

Sur de nombreuses pancartes, on pouvait lire l’essentiel des slogans scandés depuis le début du mouvement. « Libérez les détenus d’opinion », « Pour le respect des libertés et des droits politiques », « Pour un État de droit », « Libérez la justice et la presse », « Joyeux anniversaire Hirak » ou encore « nous ne plierons pas ».

Assez visible et géante, une banderole proclame à l’adresse du système qui a « échoué » : « Par ta répression, ton mépris et tes manœuvres, tu renforces le mouvement ».

Histoire de répondre à ceux qui se hasardent aux tentatives de division, la réponse est cinglante : « Les algériens khawa khawa (son frères), le peuple est uni bande de renégats ».

« Les Algériens sont sortis par millions pour fructifier ce qu’ils ont fait depuis une année. Nos revendications en faveur de la démocratie et de l’État de droit ne sont pas encore satisfaites et le pouvoir cherche à se recycler à travers de nouvelles figures. On n’est pas sorti contre un groupe ou des figures mais pour le départ du régime ; on doit se préparer, rester patients, unis, constants pour parvenir à un changement réel qui risque de prendre beaucoup de temps », commente, mi-optimiste, mi-inquiet, à des journalistes, l’avocat Mostapha Bouchachi.

« Nous souhaitons qu’il y’ait des femmes et des hommes au sein du régime pour écouter les cris de ce peuple et répondre à ses revendications, c’est le seul moyen de renforcer le front intérieur », espère Bouchachi.

« (…) le peuple est décidé à opérer la rupture et construire une nouvelle république avec de nouvelles figures », s’enthousiasme, pour sa part, Samir Belarbi, récemment libéré.

« Le peuple est sorti pour réaffirmer ses revendications dont le départ du système (…) Il n’a pas d’autre choix que de continuer ; il veut de nouvelles institutions, une nouvelle élite légitime et une nouvelle république (…) le pouvoir n’a qu’à faire des concessions », suggère, de son côté, Nacer Djabi.

Comme signifier qu’ils ne sont pas prêts à abandonner, les manifestants se sont donné rendez-vous pour ce samedi pour le jour anniversaire du « Hirak ». « Mazalagh D’imazighen» (nous demeurons libres).

Outre Alger, des manifestations pacifiques se sont déroulées à Oran, Mostaganem, Bejaia, Sétif, Bouira, Tizi Ouzou, Mila, El Bayadh, Jijel, Chlef, Ain Defla, Sidi Bel Abbes, Tiaret, Ain Temouchent, Tlemcen, Blida, El Oued, Guelma, Bordj Bou Arreridj, Batna, Constantine, Skikda, Médéa, Tébessa, Annaba, Relizane ou encore Laghouat.