L’affaire Haddad sera jugée à la mi-mars

12 ministres comparaîtront à Sidi-M’hamed

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 16 février 2020

L’instruction de l’affaire ETRHB Haddad a officiellement pris fin il y a quelques jours, a-t-on appris de bonnes sources. Le dossier a été transmis par la Cour suprême à la cour d’Alger qui aurait fixé le procès au mois de mars prochain.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Il s’agit d’un dossier très lourd qui a nécessité de très longs mois d’investigations, appuyées par des spécialistes de plusieurs secteurs. Les instances judiciaires en charge de cette affaire ont d’ailleurs dû mobiliser, durant plusieurs semaines, des équipes de l’IGF (Inspection générale des finances) en raison de la complexité des documents exploités durant ce processus.
On apprend, par ailleurs, que plus de 35 expertises ont été effectuées durant ces derniers mois, et que les dernières semaines ont été consacrées à la rédaction des documents finaux devant être transmis au tribunal chargé d’organiser le procès. Fait peu ordinaire, les montants portant sur les détournements, mouvements de capitaux, marchés acquis… ont dû être transcrits en lettres et non pas en chiffres, en raison de leur importance et de leur longueur ! Le procédé inhabituel vise aussi à éviter toute erreur durant leur lecture.
Pas moins de douze anciens ministres, dont deux ex-chefs de gouvernement, sont liés à cette affaire. Parmi eux, Abdelghani Zaâlane, ex-ministre des Transports placé sous contrôle judiciaire dans le cadre de l’instruction du dossier. Ce dernier avait été relaxé par le tribunal de Sidi-M’hamed à l’issue du procès de l’affaire de l’automobile. Parmi les ministres concernés, plusieurs se trouvent déjà en détention. Amar Ghoul, Mohamed El-Ghazi, Amara Benyounès, Saïd Barkat, Mahdjoub Bedda, Karim Djoudi, Amar Tou, Abdelkader Bouazghi ont été cités dans des dossiers liés à Ali Haddad. Tout comme Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, ils ont été auditionnés à plusieurs reprises par le juge d’instruction du tribunal de Sidi-M’hamed avant que leurs dossiers ne soient transmis à la Cour suprême où ils ont été également auditionnés à plusieurs reprises. D’autres personnalités sont également impliquées dans ce dossier. Il s’agit des anciens walis d’Alger et d’El-Bayadh, mais aussi de plusieurs cadres des secteurs des transports et de l’agriculture qui seront présents au procès en tant qu’inculpés ou témoins.
Un communiqué publié par le tribunal d’Alger avait fait savoir que tous les mis en cause sont poursuivis pour : «trafic d’influence», «dilapidation de deniers publics», «abus de pouvoir volontaire à l’effet d’accorder d’indus privilèges en violation des lois et réglementations», «conflit d’intérêts avec violation des procédures en vigueur en matière de marchés publics basées sur les règles de la transparence, à la concurrence honnête et de l’objectivité», et «conclusion de contrats, de marchés et d’avenants en violation des dispositions législatives et réglementaires en vigueur, à l’effet d’octroyer des avantages injustes à autrui».
Ali Haddad a déjà, lui, été condamné deux fois dans des affaires sans lien avec celle de l’ETRHB. Le tribunal de Sidi-M’hamed l’a récemment condamné à 7 ans de prison ferme dans le dossier du montage automobile et financement occulte de la campagne électorale de l’ex-Président Abdelaziz Bouteflika. Auparavant, en juin dernier, le tribunal de Bir-Mourad-Raïs avait prononcé à son encontre une peine de six mois fermes, assortie de 50 000 DA d’amende pour faux et usage de faux. L’homme d’affaires réputé très proche des cercles de décision à l’époque de Abdelaziz Bouteflika a été arrêté en mars 2019 au moment où il tentait de se rendre en Tunisie par voie terrestre. Les langues qui se sont déliées depuis cet épisode affirment qu’il avait «changé de look» durant son voyage. Il portait une large casquette qui dissimulait son front et qui n’a fait, en fait, que faire naître les soupçons chez les éléments du poste frontalier qui ont décidé alors d’alerter leur hiérarchie sur un comportement jugé suspect.
Des sources bien au fait des évènements qui se déroulaient alors affirment que Ali Haddad n’était pas sous le coup d’une ISTN (interdiction de sortie du territoire national).
A. C.