Régularisation de la presse électronique : une excellente nouvelle, si…

Makhlouf Mehenni, TSA, 09 février 2020

Le gouvernement est officiellement instruit par le président de la République de procéder à la régularisation de la situation juridique des journaux électroniques. Le communiqué qui l’annonçait en milieu de semaine passée ajoutait que ces nouveaux médias auront accès à la publicité publique au même titre que ceux de la presse écrite.

A priori, il s’agit d’une bonne nouvelle pour cette catégorie de médias longtemps ignorée et abandonnée au désordre de la dérégulation et à la précarité de l’absence de toute existence légale. Mais tout dépendra en fait, d’abord de l’intention réelle qui se cache derrière cet intérêt soudain pour la profession, ensuite des mécanismes et critères qui seront retenus pour entamer la régulation et prodiguer l’aide de l’Etat.

Réguler peut signifier contrôler et si telle est la motivation des nouveaux dirigeants du pays, autant ne pas se faire d’illusion quant à l’émergence de médias électroniques forts, sérieux et crédibles. De même qu’il ne faudra pas s’attendre à un modèle meilleur que celui qui prévaut dans la presse écrite si, plus grave, l’objectif est de faire des médias sur internet un nouveau canal de distribution de la rente.

Officiellement et jusqu’à preuve du contraire, l’intention des autorités est de mettre de l’ordre dans le secteur, offrir une existence légale, donc une protection juridique, aux sites d’information et les moyens qui permettront leur développement.

Mais quand bien même l’intention serait bonne et l’objectif louable, les choix que fera le gouvernement, de la désignation de ses interlocuteurs à la définition des critères pour l’agrément des sites ou leur éligibilité à l’aide de l’Etat, seront déterminants.

La qualité de médias est officiellement reconnue aux sites d’information électronique depuis huit ans, à travers la loi organique 12-05 du 12 janvier 2012 portant code de l’information. « Il est entendu par presse électronique, au sens de la présente loi organique, tout service de communication écrite en ligne destiné au public ou une catégorie de public, édité à titre professionnel par une personne physique ou morale de droit algérien qui a la maîtrise de la ligne éditoriale de son contenu », stipule l’article 67 de ladite loi.

Celle-ci reste néanmoins muette sur les conditions d’exercice de l’activité, contrairement à la presse écrite pour laquelle sont définis les critères exigibles pour l’obtention de l’agrément. Le vide est à ce niveau et il appartient au gouvernement, après de larges consultations avec les spécialistes de la communication et les professionnels, de le combler en définissant des critères clairs qui laisseraient un minimum de pouvoir discrétionnaire à l’administration.

Les autorités devraient faire montre d’une grande vigilance car la possibilité d’avoir accès à la manne que constitue la publicité étatique risque de tout fausser et de reproduire la très mauvaise expérience de la presse écrite dont beaucoup de titres, il faut le dire, n’existent que comme réceptacles de la rente.