Pneus brûlés et routes nationales fermées : Plusieurs mouvements de contestation enregistrés à l’Est

Naïma Djekhar , El Watan, 09 février 2020

Les sempiternels problèmes de logement, de cadre de vie et de chômage cristallisent encore les passions et mènent à l’occupation de la rue à Skikda, Constantine, Jijel ou Oum El Bouaghi.

L’Algérie profonde, celle qui est loin des arcanes du pouvoir et des centres de décision, est sortie de l’anonymat pour réclamer son droit à une vie digne. Encouragées par la dynamique du 22 Février, les régions de l’intérieur réclament aujourd’hui leurs droits. «Le hirak a incité les petites gens à donner de la voix pour revendiquer des conditions de vie décente, de réclamer du travail pour ceux qui n’en ont pas, nous menons une vie de misère alors qu’une poignée de gouvernants dilapide les richesses du pays», soutiennent un peu partout les contestataires. Les mouvements sporadiques de protestation sont devenus depuis le début de cette année hebdomadaires, voire quotidiens comme c’est le cas dans quatre communes dans la wilaya de Jijel.

A Ouled Rabah, Emir Abdelkader et Bouraoui Bel Hadef, les sièges des mairies sont fermés depuis plusieurs jours. A Sidi Marouf, les occupants d’immeubles fissurés et menaçant de effondrer à Tabriht ont procédé, mardi, à la fermeture de la RN43. Un axe névralgique reliant trois wilayas : Jijel, Constantine et Mila.

Les protestataires n’ont voulu prendre langue qu’avec le nouveau wali. L’opération récente opérée dans les corps des walis touchant 9 wilayas à l’Est a ravivé les incertitudes, celles inhérentes aux problèmes récurrents et dont la solution devrait encore prendre du temps. Et ce ne sont pas les seules localités à grincer des dents.

 
A deux cents kilomètre de là, précisément dans la wilaya de Skikda, la ville de Collo a vécu une journée particulière au gré d’un mouvement populaire, «similaire au hirak dans sa forme, mais aux revendications plutôt d’ordre local», décrit notre correspondant. Des centaines de citoyens ont assiégé l’hôtel de ville. L’objectif est de dénoncer un état des lieux alarmant. La veille, c’est à Sissaoui, dans la banlieue nord de Constantine que des pneus ont été brûlés sur un axe de la RN3 menant au Khroub, Guelma et Oum El Bouaghi.

Le logement rural a mis cette fois le feu aux poudres. Quelques jours auparavant, les habitants de la ville de Aïn Beida, dans la wilaya d’Oum El Bouaghi, se sont massés devant l’entrée de la mairie, empêchant les fonctionnaires d’y accéder. «Nous ne sollicitons ni des lots de terrain, ni des logements, ni du travail… mais exigeons le départ de toute l’Assemblée communale», a-t-on clamé.

Le dénominateur commun à toutes ces actions, appelées à l’escalade, est indéniablement la gouvernance locale. Les Assemblées élues sont d’obédience FLN et RND dans les collectivités à l’est du pays.

Une des revendications du hirak qui concerne la dissolution de ces partis et leurs appareils semble être relayée aujourd’hui par les populations. En une année, le mouvement populaire n’a pas seulement libéré la parole, mais déblayé le terrain pour une nouvelle vision de l’exercice du pouvoir.