Nomination de hauts cadres de l’état : Confusion au sommet

Abdelghani Aichoun, El Watan, 06 février 2020

La nomination d’un nouveau directeur général des Douanes algériennes, puis son annulation quelques heures après, a été très largement commentée par les Algériens. Que s’est-il passé ? S’agit-il tout simplement d’une erreur, ou est-ce le résultat de luttes d’intérêts ou de pressions ?

Avant-hier, une dépêche APS, citant la direction générale des Douanes (DGD), a indiqué que «Hakim Berdjoudj a été désigné nouveau directeur général des Douanes, en remplacement de Mohammed Ouaret, nommé en avril dernier». En fin de journée, retournement de situation. La même agence répercute un communiqué de la DGD démentant cette information et affirmant que «Mohamed Ouaret assure toujours les fonctions de directeur général des Douanes».

Pourtant, la nomination de Berdjoudj à la tête de cette importante institution aurait été décidée, la veille, en Conseil des ministres, d’autant plus que les nominations à ces postes se font par le biais de décrets présidentiels. Que s’est-il donc passé entre-temps ? Les autorités n’ont pas, jusque-là, jugé utile de réagir à ce limogeage, puis maintien du DG des Douanes.

Il y a quelques jours aussi, une polémique similaire avait éclaté à propos de la nomination du patron de l’EPTV. Le nom de Amar Bekhouche a circulé pendant trois jours, avant que le ministre du secteur n’installe Ahmed Bensebane à ce poste. Néanmoins, dans ce cas précis, la supposée nomination de Bekhouche n’avait pas été annoncée officiellement. Ce qui n’est pas le cas du DG des Douanes.

S’agit-il simplement d’un «cafouillage» lié à l’arrivée d’une nouvelle équipe aux commandes, ou serait-ce autre chose ? Les explications fusent, notamment sur les réseaux sociaux. Les interrogations aussi. Si certains minimisent la portée de ce retournement de situation, d’autres par contre y voient des problématiques beaucoup plus complexes.

Les plus «optimistes» d’entre eux évoquent une «anomalie» relative à l’enquête d’habilitation, d’autres font une lecture en droite ligne avec la nature du système politique en Algérie. A cet effet, la question posée avec insistance est : est-ce que cette «affaire» des Douanes est le résultat de lutte de clans ou de pressions exercées par certains lobbys ?

Parce qu’il est clair que l’agence officielle n’annoncerait pas la nomination d’un nouveau DG des Douanes si l’information ne lui était pas parvenue d’une source institutionnelle. Le président de la République s’aventurerait-il à nommer une personne à ce poste sensible sans un rapport préalable la concernant ? Pourquoi, dans ce cas-là, s’est-il rétracté quelques heures après ?

Il faut rappeler qu’il y a moins de trois ans, une affaire similaire avait défrayé la chronique. Un certain Messaoud Benagoun avait été nommé le 25 mai 2017 ministre du Tourisme et de l’Artisanat dans le gouvernement justement de Abdelmadjid Tebboune, avant que le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, ne décide de le démettre de ses fonctions trois jours plus tard.

A ce moment-là, certaines sources avaient évoqué un problème lié à l’enquête d’habilitation qui, apparemment, n’aurait pas été menée comme il se doit. Est-il permis, à ce stade de responsabilité, de faire erreur sur le profil d’une personne censée devenir ministre, et de ne s’en apercevoir qu’après sa nomination ?

Dans les deux cas, problème d’enquête d’habilitation ou pressions de lobbys, la situation prêterait à confusion et soulèverait des inquiétudes. Le pouvoir en place aura tout intérêt à apporter les clarifications nécessaires sur cette affaire. Sinon, la polémique ne risque pas de s’estomper de sitôt et cela porterait certainement un coup à la «crédibilité» de l’Etat.

Il faut noter, en dernier lieu, que quelques minutes après avoir annoncé la nomination d’un nouveau DG à la tête des Douanes, l’agence officielle avait également fait état de la désignation de Amel Abdellatif en tant que directrice générale des Impôts. Or, cette nomination n’a pas été remise en cause, comme se fut le cas avec celle concernant la direction générale des Douanes.