Entreprises de l’industrie électrique et électronique : Les voyants sont au rouge

Zhor Hadjam, El Watan, 03 février 2020

La dégradation de la situation des entreprises nationales publiques et privées, à l’instar d’Eniem, Condor, Iris, Sacomi-Thomson, Bya Electronics, Brandt, Starlight, Géant… inquiète le Forum des chefs d’entreprise (FCE) qui exprime, dans un communiqué rendu public hier, sa «préoccupation» quant à l’avenir des entités concernées – dont la dégradation de la situation s’est accentuée au cours des derniers jours – et de celui de leurs employés.

«En effet, au moins deux fleurons de l’industrie électronique et de l’électroménager, en l’occurrence Condor et Eniem, ont annoncé la libération de plusieurs milliers de travailleurs et la préparation de plans sociaux pour mettre d’autres travailleurs en chômage technique», souligne le FCE, qui rappelle qu’il a alerté en novembre et décembre 2019, sur les risques de l’arrêt de plusieurs unités de production, suite à la mise en œuvre des dispositions de la note de l’ABEF (Réf. 479/DGC/2019 du 30 septembre 2019), notamment l’obligation du différé de paiement, du blocage des autorisations d’approvisionnement en kits et collections pour les filières électroménager et téléphonie mobile, ce à quoi il faut ajouter les homologations des produits par les autorités de régulation (ARPCE).

Le Forum rappelle en outre qu’il s’est interrogé sur «le champ d’application de ladite note qui a imposé de nouvelles exigences en matière d’importation des inputs, qui a ciblé les producteurs et exclu les importateurs des produits finis».

Un paradoxe qui encourage, selon le FCE, l’importation des produits aux dépens de la production locale, ainsi que le renforcement de l’informel qui pèse déjà sur notre économie et sa compétitivité.

En plus de l’arrêt des différentes usines et la mise au chômage de milliers d’employés, le Forum avait signalé d’autres risques, à savoir «l’augmentation de la facture d’importation, la pénurie des produits et son impact certain sur l’inflation et les prix ; ce qui commence à se manifester sur le marché grand public», indique l’organisation patronale.

Le FCE estime, par ailleurs, que «plus de 20% des employés de la filière ont été mis au chômage, et ce taux est appelé à augmenter dans le cas où des mesures urgentes ne sont pas prises par les pouvoirs publics, au moins, pour stopper la dégradation de la situation, en attendant de redynamiser le secteur productif dans le cadre d’un plan de redressement économique ambitieux et réaliste».

Dans l’immédiat, le Forum préconise «de lever les obstacles suscités en suspendant l’application de la note de l’ABEF dans sa disposition relative au différé de paiement, et libérer les autorisations d’importation des kits CKD/SKD, en attendant la mise en place d’un nouveau dispositif pertinent, mieux réfléchi, adapté à la situation de chaque activité et incitatif de manière différenciée en fonction des efforts de chaque entreprise dans le progrès d’amélioration du taux d’intégration».

Dans cette perspective, le FCE déclare «se mettre à la disposition des pouvoirs publics et des opérateurs économiques pour trouver des solutions appropriées urgentes et engager une réflexion globale sur la situation des entreprises en difficulté afin de juguler le problème de la mise au chômage des travailleurs, dont les conséquences seront très graves pour la stabilité sociale qui est nécessaire pour un redressement de l’économie nationale dans les mois et les années à venir».