La cour suprême «correctionalise» les faits dans l’affaire des activités immobilières de Kamel Chikhi

Salima Tlemcani, El Watan, 26 janvier 2020

La Cour suprême a statué, le 22 janvier, sur le dossier lié aux activités immobilières de Kamel Chikhi, principal accusé dans l’affaire des 701 kg de cocaïne. Elle a correctionnalisé les faits retenus contre Kamel Chikhi, deux procureurs, le fils du président Abdelmadjid Tebboune, le chauffeur personnel de Abdelghani Hamel, ex-patron de la police, le fils de l’ex-wali de Relizane et l’ex-maire de Ben Aknoun.

Alors que l’instruction relative à l’affaire des 701 kg de cocaïne, saisis au mois de mai 2018 à Oran, n’a toujours pas levé les zones d’ombre qui l’entourent, la Cour suprême vient de débouter le procureur près le tribunal de Sidi M’hamed, qui s’est pourvu en cassation contre l’arrêt de la chambre d’accusation près la cour d’Alger, qui a correctionalisé les faits reprochés à Kamel Chikhi et à six de ses coprévenus, Khaled Tebboune, fils du Président, Benzahra, chauffeur personnel de Abdelghani Hamel, ex-patron de la police, l’ex-procureur de Boudouaou et son adjoint, l’ex-maire de Ben Aknoun ainsi que Jalal Lemhel, fils de l’ex-wali de Relizane, tous poursuivis pour «corruption», «trafic d’influence» et «abus de fonction». Des faits qui relèvent, a conclu le magistrat instructeur, du tribunal correctionnel.

Ce qui n’était pas de l’avis du procureur près le tribunal de Sidi M’hamed, qui a été débouté d’abord par la chambre d’accusation puis par la Cour suprême. Le dossier, faut-il le rappeler, concerne les activités immobilières de Kamel Chikhi et les facilités qu’il aurait obtenues pour la réalisation de ses promotions immobilières en contrepartie de logements ou d’argent.

Tous les mis en cause auraient été identifiés sur les enregistrements vidéo des caméras de surveillance que Kamel Chikhi avait installées dans ses bureaux.

C’est le cas du procureur de Boudouaou et de son adjoint, auxquels l’enquête reproche d’avoir bénéficié de logements haut standing de la part de Chikhi, en déposant des montants symboliques, mais eux et leurs avocats persistent à affirmer qu’ils avaient déposé une avance, retirée après avoir reçu le refus d’un financement bancaire.

Jalal Lemhel, fils de l’ancien wali de Relizane et l’ex-maire de Ben Aknoun, Yacine Benamer, sont poursuivis pour avoir aidé Kamel Chikhi à obtenir un permis de construire pour la réalisation d’un immeuble de 15 étages, alors que Khaled Tebboune, il lui est reproché d’avoir profité du statut de son père, en tant que ministre de l’Habitat, pour l’aider à obtenir une assiette foncière pour un projet hôtelier, à l’est de la capitale.

Quant à Abdelkader Benzahra, ancien chauffeur personnel de l’ex-patron de la police, les chefs d’inculpation auxquels il doit répondre sont liés à l’aide qu’il aurait apportée à Kamel Chikhi pour lui faciliter ses passages aux postes frontaliers sans aucun contrôle, mais aussi à d’autres services qu’il lui aurait rendus en contrepartie de cadeaux ou d’argent. Maintenant que la Cour suprême a statué sur la correctionnalisation des faits, l’affaire est en attente de programmation pour un procès.

Depuis l’intronisation de Abdelmadjid Tebboune à la tête de l’Etat, tout le monde s’interroge sur le sort réservé à son fils, mais lui, dans toutes ses déclarations lors de sa campagne électorale, se défendait en qualifiant l’affaire de «règlement de comptes». A la prison d’El Harrach, Khaled Tebboune, ayant désormais le statut du fils du Président, a été placé à l’infirmerie, pour des raisons de sécurité, nous a-t-on affirmé.