Face à la répression, les manifestants «s’exilent» à Tlemcen

M. Abdelkrim, El Watan, 25 janvier 2020

Des centaines de citoyens de Sidi Bel Abbès mettent le cap,depuis quelques semaines, sur les villes de Tlemcen et Oran pour participer aux manifestations pacifiques du vendredi, suite à larépression policière qui leur a été imposée.

Hier, la ville de Tlemcen a été la principale destination de nombreux activistes du hirak, qui font l’objet d’une répression massive et implacable avec tout son lot d’atteintes aux libertés et d’abus de pouvoir. Sur des images relayées sur les réseaux sociaux, les manifestants de Sidi Bel Abbès y ont déployé une large banderole sur laquelle on pouvait lire : «Le hirak de Sidi Bel Abbès réprimé».

Faisant souvent l’objet de poursuites judiciaires, des dizaines de citoyens continuent de subir une campagne d’harcèlement et d’intimidation que mènent les éléments de la police, «instruits» à l’effet d’étouffer le mouvement de protestation né le 22 février 2019.

Lors du vendredi 17 janvier, des manifestants ont été embarquées manu militari à la sortie de la mosquée Abou Bakr Essedik, en plein centre-ville, avant d’être conduits vers les commissariats de la ville.

«J’ai été interpellée avec ma fille de 8 ans et gardée en détention durant presque six heures au commissariat», indique une mère de famille, très en colère, dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux.

Elle affirme dans cet enregistrement vidéo que le premier responsable de la police a, sans état d’âme, intimé l’ordre à ses subalternes de l’embarquer ainsi que sa petite fille. «Ici, la répression policière visant le hirak a pris des proportions alarmantes», ajoute-t-elle. M. Machab, professeur de mathématiques à l’université Djilali Liabès, fait partie des nombreux citoyens brutalement interpellés par des policiers en civil à la place du 1er Novembre (ex-Carnot). «Lorsqu’un policier est venu m’arrêter, il m’a lancé : »Enta ousted ? » (Toi, t’es un enseignant ?, ndlr). Immédiatement, il m’a tordu le bras alors que je n’opposait aucune résistance», relate-t-il.

Et d’ajouter : «Je lui ai dit que j’aurai pu être ton père. Je ne peux reproduire, ici, sa réponse par respect aux lecteurs…» D’autres manifestants pacifiques affirment avoir subi des insultes et des atteintes répétées à leur intégrité morale de la part de policiers qui font souvent preuve d’une brutalité gratuite et injustifiée.

Des avocats du barreau de Sidi Bel Abbès ont, pour leur part, relevé le caractère illégal des arrestations ciblant des manifestants pacifiques et appelé les pouvoirs publics au respect des lois de la République garantissant le droit de manifester. «Un collectif d’avocats est en train de recueillir différents témoignages sur les violations des libertés à Sidi Bel Abbès», indique Me Kerma.