Bouira : Hommage à Matoub Lounès

Amar Fedjkhi, El Watan, 25 janvier 2020

Comme il fallait s’y attendre, la réaction citoyenne à l’annonce de Abdelmadjid Tebboune, jugeant «nécessaire» le recours à l’exploitation du gaz de schiste, et ce, à l’occasion d’une entrevue avec des représentants des médias publics et privés, tenue jeudi dernier à la présidence de la République, a été sans appel.

Hier, lors de la marche du 49e vendredi de mobilisation pour le départ du système et de ses relais, des manifestants ont exprimé leur refus catégorique quant à la volonté des pouvoirs publics de recourir à l’extraction de ce gaz.

Arborant des pancartes portant des messages rejetant la démarche du pouvoir, la foule ne décolère pas. «Non au gaz de schiste en Algérie», «Total dégage», «Non à l’exploitation de gaz. Le Sahara algérien n’est pas un puits commercial», lit-on sur des pancartes brandies par des citoyens qui ont exprimé également leur solidarité avec la population du Grand Sud, notamment celle d’In Salah, qui se bat depuis l’année 2015 contre toute tentative d’exploiter le gaz de schiste dans sa région.

«Deux ministres du gouvernement nommé par le président Tebboune, Ferhat Aït Ali et Chitour en l’occurrence, sont contre l’exploitation du gaz de schiste contrairement à leur Président. Alors qui va démissionner ?» se demande Mhand Amarouche, un professeur d’université et un des initiateur d’un projet de charte pour une Algérie libre démocratique (ALD).

Les dizaines de milliers de personnes, qui ont sillonné dans le calme les rues et quartiers de la ville de Bouira, ont aussi rendu un hommage au chantre de la chanson engagée, le Rebelle Lounès Matoub, et ce, à l’occasion du 64e anniversaire de sa naissance.

«Lounès avait consacré sa vie et son art à la défense des causes justes», dit une manifestante drapée de l’emblème amazigh et portant un portrait de l’artiste. Sur une autre pancarte arborée par un marcheur, on pouvait lire : «La moudjahida Bouhired honorée en Tunisie et dédaignée par la îssaba».

Le président tunisien a, pour rappel, décoré ce symbole et grande militante des insignes du grand cordon de la République en reconnaissance de la valeur de sa longue résistance pour libérer le pays du colonialisme.

La foule qui n’a pas cessé, par ailleurs, de scander les slogans habituels du mouvement a exigé la libération du reste des détenus d’opinion et politiques. «Etat civil non militaire !» «Libérer les détenus !» a-t-on scandé tout en dénonçant le maintien des mêmes procédés et du mode opératoire répressif des services de sécurité.