Ce qu’il faut retenir de la rencontre d’Abdelmadjid Tebboune avec la presse

Fayçal Métaoui, RadioM, 23 janvier 2020

Le président Abdelmadjid Tebboune s’est engagé à rencontrer la presse nationale chaque mois ou chaque mois et demi pour « éclairer l’opinion publique » et pour que les journalistes aient les vérités du premier responsable du pays. «Des vérités qui ne sont pas forcément celles qui sont sur les réseaux sociaux », a-t-il soutenu lors d’une rencontre avec les responsables de huit organes de presse, diffusée mercredi 22 janvier 2020 par la télévision publique.

Liamine Zeroual

Tebboune a déclaré que des conditions particulières empêchent l’ancien président Liamine Zeroual de se déplacer à Alger actuellement. « Que Zeroual soit le bienvenu à la Présidence de la République sinon je me déplace chez lui. Zeroual est un algérien libre, un homme honnête, un nationaliste, un homme qui n’a jamais trahi à quelque niveau que ce soit », a-t-il déclaré.

Consultations sur la Constitution

Les consultations sur la Constitution vont se poursuivre avec d’autres personnalités. «On connait le début, mais pas la fin. Je vais prendre l’avis de tous ceux qui ont de l’expérience dans la gestion des affaires de l’Etat, qui ont souffert de la marginalisation. Nous ne voulons pas imposer notre point de vue. La révision de la Constitution relève de spécialistes. En démocratie, nous devons aller aussi loin que possible sans porter à l’Etat nation », a-t-il dit.

Hirak

« Je me suis engagé de concrétiser toutes les revendications du hirak dont la révision de la Constitution et des lois ainsi que la construction de la démocratie. Il s’agit aussi de moraliser la vie publique et poursuivre la lutte contre la corruption. Les personnalités que j’ai reçues à la Présidence m’ont toutes parlé de mesures d’apaisement que je dois prendre », a-t-il dit.

Constitution

« Je n’ai aucune Constitution. Ce n’est pas une Constitution sur mesure. Ce n’est pas une Constitution de pouvoir ou de président. Quand la crise a éclaté, la Constitution actuelle n’a pas pu trouver une solution. La future Constitution va soumettre tous les responsables, y compris le président de la République, à des limites qu’il ne doit pas franchir. Il n’y aura pas de pouvoir autocratique», a soutenu Tebboune. Il a annoncé que les propositions du comité d’experts sur la révision constitutionnelle seront soumises à débat auprès des étudiants, avocats, universitaires, juristes et autres. Des consultations complémentaires seront ensuite organisées. Le comité va élaborer après, sur bases des observations exprimées lors des débats, le projet de révision constitutionnelle qui sera soumis au Parlement où le débat sera télévisé, puis au référendum populaire.

Elections législatives anticipées

La loi électorale sera révisée en profondeur après le mois du Ramadhan prochain (qui début fin avril 2020). Des élections législatives et locales anticipées seront organisées avant la fin de l’année en cours. « L’achat des sièges au Parlement ou dans les Assemblées locales, c’est fini. Le mélange entre l’argent et la politique sera criminalisé. Il faut aller vers une nouvelle classe politique », a-t-il annoncé.

Reconstruction de l’économie

Tebboune a déclaré que « la reconstruction de l’économie » est une œuvre pénible qui nécessité l’implication de compétences nationales. « La véritable économie est celle qui crée l’emploi. Nous devons sortir de la dépendance du pétrole et combattre certaines mentalités. Gonfler les pneus n’est pas de l’économie. Je suis contre les industries lourdes car cela nous maintient sous l’hégémonie des bureaux d’études étrangers et cela prend beaucoup de temps. Notre économie est bâtie sur l’importation. Les importations ont tué la production nationale. Les importations doivent compléter la production nationale. Nous n’allons pas priver les algériens de quoi que ce soit. Il n’y a pas d’initiatives pour créer des industries réelles », a-t-il constaté en plaidant pour un arrêt de « la révision anarchique » des lois relatives à l’investissement.

Réserves de change

Selon Tebboune, les réserves de change sont de nouveau en augmentation. Une tendance qui va se poursuivre dans les six ou sept mois prochains. « Notre situation financière n’est pas désastreuse, mais pas ordinaire aussi. Les recettes fiscales s’améliorent. Nous sommes prêts à soutenir les investisseurs qui consolident la production nationale avec des crédits qui peuvent atteindre les 90 % du montant des investissements et des facilités pour l’accès au foncier industriel », a-t-il promis.

Loi de finance complémentaire

Une loi de finance complémentaire sera adoptée les prochains mois pour réviser certaines dispositions fiscales contenues dans la loi de finance 2020 « pour une meilleure justice sociale ». « Certains impôts tuent l’impôt et nuisent à l’économie nationale », a-t-il dit en évoquant la nécessité d’élargir l’assiette fiscale. Tebboune a annoncé que la suppression de l’IRG sur les salaires de moins de 30.000 dinars sera contenue dans la loi de finance complémentaire. Le SNMG sera également révisé après étude approfondie.

Liberté de la presse

La liberté de la presse sera protégée et le combat contre les fake news se poursuivra. « Le secteur de la presse connaît une anarchie. Les journalistes sont sous payés, certains non déclarés à la sécurité sociale. Cette situation ne doit pas continuer. Nous allons soutenir les journalistes sans faire de distinction entre secteurs public ou privé », a-t-il annoncé. L’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV) n’a, selon pas, pas joué son rôle. Son nouveau président est instruit pour s’inspirer des expériences des autres pays dans le domaine. L’Autorité de régulation de la presse écrite sera installée avant la fin de l’année.

Récupération des fonds et biens détournés

Tebboune dit attendre « le feu vert » de la justice pour entamer les procédures de récupération des fonds et des biens détournés vers l’étranger. Certains fonds sont dans des « paradis fiscaux ». L’Etat signera des conventions des judiciaires avec les pays où se trouvent ces fonds et biens. « Le détournement de biens s’est fait aussi à travers les surfacturations qui ont coûté à l’économie nationale des sommes astronomiques », a-t-il noté en évoquant l’intensification de la lutte contre la petite corruption.