Programme économiqe du gouvernement: L’industrie au cœur du plan de relance

A. Maktour, Le Soir d’Algérie, 20 janvier 2020

L’écheveau politique qu’il s’attelle à démêler depuis son intronisation n’est pas le seul chantier auquel doit faire face le président de la République. La situation économique dont il a hérité ne laisse, en effet, pas la moindre place aux tergiversations s’il veut remettre la machine en marche, même s’il faut reconnaître que sa marge de manœuvre demeure très fine en raison de ce dont dispose l’Etat comme moyens, financiers notamment.
Le Conseil des ministres présidé, samedi, par Abdelmadjid Tebboune a entériné l’entrée du gouvernement dans le vif du brûlant sujet de la situation économique du pays. Un gouvernement qui, avant la tenue du Conseil, a établi un état des lieux lors d’une réunion tenue la semaine dernière, lorsque des exposés ont été présentés par les ministres en charge des secteurs de l’industrie, de l’agriculture, de l’habitat, du commerce et du commerce extérieur, de la santé ainsi que de celui de la microentreprise, des start-up et de l’économie de la connaissance. Ceci dans la perspective de l’élaboration du programme devant être soumis in fine à l’APN pour son adoption.
C’est ainsi que le ministre de l’Industrie et des Mines, Ferhat Aït Ali, a dévoilé sa stratégie pour relancer et développer son secteur. Celle-ci consiste en la mise en œuvre d’un «modèle de développement stratégique des filières industrielles». Pour ce faire, le plan du ministre s’articulera sur «l’accélération de la diversification de l’industrie nationale, la densification du développement de l’industrie minière, la rationalisation du déploiement territorial du développement industriel et l’exploitation du foncier économique, le renforcement des capacités institutionnelles du pays en matière de développement industriel et minier par notamment la mise en place d’un cadre de concertation national, et la prise en charge des enjeux économiques technologiques qui sont au cœur des processus industriel et minier».
Une œuvre de longue haleine et qui requiert sans doute du temps, mais eu égard à l’urgence, il a été préconisé par le président de la République que soient trouvées des réponses «concrètes» dans l’immédiat à des dossiers qu’il a qualifiés de «sensibles», particulièrement l’importation de véhicules en kits SKD-CKD, insistant sur l’assainissement de cette situation et la mise en place de nouvelles règles, et le cas du complexe sidérurgique d’El Hadjar. A moyen terme, Abdelmadjid Tebboune plaidera pour «la création d’une véritable industrie, constituée essentiellement des industries légère, petite et moyenne, génératrices de richesses et faisant la rupture avec les industries consacrant la dépendance».
Le temps et les moyens perdus depuis des années pour l’industrialisation du pays qui n’a vu le jour que par bribes et en des périodes éloignées les unes des autres, le président de la République entend y remédier en appelant, également, à la tenue d’assises nationales sur la nouvelle politique industrielle auxquelles seront associés les compétences de la diaspora et les différents acteurs économiques, avec le concours d’institutions internationales, pour l’élaboration d’une politique industrielle nationale, en plus de l’impératif de «mettre un terme à l’influence accrue des lobbies et des groupes d’intérêts dans les politiques publiques». Allant dans le même sens que le ministre de l’Industrie qui, dès sa prise de fonction, abordait le cadre législatif, le Président Tebboune a appelé à la mise en place d’un système juridique stable pour une durée d’au moins dix années à même d’assurer une lisibilité aux investisseurs, l’objectif étant d’inciter les hommes d’affaires à investir.
Les investisseurs auxquels il a réitéré l’assurance, pour ceux qui utiliseront les matières premières locales, de se voir accorder des «incitations importantes» qui entrent dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires en Algérie, pas très propice comme l’ont souligné maints et maints rapports locaux et étrangers depuis un temps que l’on ne se remémore plus. C’est en fait une refondation intégrale de l’industrie que le gouvernement est appelé à mettre en œuvre si l’on doit se fier au contenu de ce qui a été passé en revue du Conseil des ministres de samedi.
Il tarde sans doute aux investisseurs et à toutes les parties concernées de voir ce à quoi aboutira la réflexion désormais engagée pour lancer dans l’immédiat les grands travaux devant doter l’Algérie d’une économie enfin digne de son statut et de ses potentialités.
M. Azedine