Des accusés dans des affaires de corruption transférés à Koléa: La prison d’El Harrach surchargée ?

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 20 janvier 2020

Les autorités judiciaires ont pris la décision de procéder au transfèrement d’un certain nombre de détenus incarcérés à El-Harrach dans le cadre des affaires de corruption vers d’autres lieux de détention.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Ce transfèrement a commencé il y a quelques jours, a-t-on appris auprès de plusieurs sources concordantes. Il a débuté au cours de la semaine écoulée, période durant laquelle, nous dit-on, plusieurs détenus ont été acheminés vers le pénitencier de Koléa. Les deux fils de l’ancien directeur général de Club-des-Pins, Abdelhamid Melzi, figurent parmi les premières personnes concernées par cette situation. La même décision a été également appliquée à certains hommes d’affaires bien connus récemment condamnés dans l’affaire de l’automobile. Il s’agit de Mahieddine Tahkout, patron de Global Motors, Mohamed Baïri, responsable d’Ival Algérie, et Ahmed Mazouz, patron du groupe du même nom. D’autres hommes d’affaires pourraient suivre et la mesure pourrait être également appliquée à certains des ministres détenus à El-Harrach.
Les avocats qui se sont déplacés pour rendre visite à leurs clients ont appris sur place la nouvelle de leur transfert. Une nouvelle qui s’est très rapidement répandue au sein des familles des autres personnalités incarcérées qui tentent par tous les moyens de savoir si leurs proches vont à leur tour quitter la prison d’El-Harrach. Il en est de même pour les familles des anciens ministres condamnés à de lourdes peines dans l’affaire de l’automobile. Jusqu’à hier, nul n’était encore en mesure de fournir une explication à la décision prise par les autorités judiciaires. Les avis divergent. Certains avocats estiment que cette décision peut faire suite au va-et-vient incessant des membres de la défense des célèbres détenus et prévenus. «Il y a, nous dit-on, beaucoup de va-et-vient, la prison n’est pas très loin, les avocats rendent très souvent visite à leurs clients et il se peut que cela ait causé un désagrément aux autorités pénitentiaires qui ont d’ailleurs dû opérer des changements dans les heures et les jours de parloir réservés aux autres détenus.»
Dès l’incarcération des ex-ministres et hautes personnalités, les responsables de l’administration de la prison d’El-Harrach ont, en effet, été contraints de fixer des journées de visite différentes aux familles et aux avocats afin de pouvoir gérer l’affluence des visiteurs en toute sécurité. Les avocats lient en second lieu cette décision de transfèrement à la surcharge de la prison d’El-Harrach. «Les lieux étaient déjà surchargés, on y a acheminé de nombreux autres détenus d’un autre genre, ceux de la lutte anti-corruption et ceux encore arrêtés durant les manifestations du Hirak, faites votre compte puisque le mouvement dure déjà depuis le 22 février dernier et des arrestations s’opèrent systématiquement tous les vendredis», nous dit l’un d’eux. «Cela nous renvoie, intervient Me Miloud Brahimi, au problème de la détention provisoire auquel il faut impérativement mettre un terme à présent.»
Pour pouvoir accueillir le nombre important de détenus incarcérés dans le cadre de la lutte anticorruption, les autorités judiciaires ont dû d’ailleurs procéder à un transfèrement similaire qui s’est déroulé durant l’été dernier. Durant cette période, seuls les détenus de droit de commun ayant été définitivement condamnés ont été transférés vers d’autres pénitenciers du pays. Beaucoup de prisonniers se sont vu ainsi transférés vers d’autres grands centres de détention tels que ceux de Chlef et Lambèse.
Les informations en cours à ce moment indiquaient également que l’aile réservée aux femmes avait été également vidée et que les prisonnières avaient été transférées à la prison de Koléa. L’espace récupéré après tous ces transfèrements a permis aux autorités d’aménager une aile où ont été regroupés les anciens ministres, hommes d’affaires et personnalités incarcérés depuis avril dernier. Selon certaines indiscrétions, la cohabitation entre les célèbres détenus est cependant devenue très difficile depuis un certain temps. On évoque même des différends et des tensions sérieuses survenus après le procès de l’automobile durant lequel les anciens ministres et hommes d’affaires se sont accusés mutuellement.
A. C.