Ould Abbès auditionné dans l’affaire de son fils et de Tliba

Vente des places à la députation Djamel

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 18 janvier 2020

Djamel Ould Abbès a été, une nouvelle fois, extrait de prison au cours de la semaine passée. Il a été conduit au tribunal de Sidi-M’hamed pour être écouté sur la fameuse affaire des ventes de places à la députation durant les législatives de 2017.
Abla Chérif- Alger (Le Soir)- Cette fois ,il a été entendu en tant qu’ancien secrétaire général du FLN, un parti dont il a assuré la succession après le départ de Ammar Saâdani, en 2016, et à la tête duquel il est resté jusqu’en 2019. Djamel Ould Abbès a été également écouté en tant que témoin et non accusé, dans l’affaire qui a conduit l’un de ses fils, Mehdi (Skander) en prison. Ce dernier est accusé d’avoir vendu des places à la députation à des hommes d’affaires très en vue. Baha Eddine Tliba, ancien député et businessman annabi, en fait partie et a témoigné par deux fois, dans une lettre publique et durant son instruction, à l’encontre du mis en cause, l’accusant de lui avoir exigé sept milliards de centimes pour être porté à la tête des listes du FLN.
Le juge en charge de cette affaire a donc décidé d’écouter Djamel Ould Abbès sur ces faits. Selon des sources proches du dossier, ce dernier a affirmé au juge qu’il ignorait absolument tout de ce qui se déroulait alors, et qu’il avait appris les détails de l’affaire après qu’elle eut éclaté. L’ancien secrétaire général du FLN a également insisté sur le fait que sa position ne lui permettait en aucun cas de monnayer ou de vendre des postes de députés, car le FLN est doté d’une commission chargée de prendre ce genre de décisions. Cette commission, explique également son avocat, Me Ksentini, est composée de plusieurs personnes qui ont pour mission de statuer sur les listes qui leur sont soumises : «Mon client ne pouvait prendre aucune décision seul, ni privilégier des candidats.»
D’autres informations indiquent que d’autres membres de ladite commission pourraient être à leur tour entendus sur le même sujet. L’un des noms qui circulent avec insistance est celui de l’ancien ministre de la Justice, Tayeb Louh.
Parmi les griefs retenus à son encontre par la justice, on note d’ailleurs le trafic d’influence auquel il se serait livré pour influer sur les listes électorales des candidats FLN aux législatives de 2017. A cette période, des informations très compromettantes avaient été rapportées par plusieurs médias algériens, citant des membres du CC du FLN qui s’étaient exprimés sous couvert de l’anonymat. Ces derniers rapportaient notamment une intrusion de Tayeb Louh à l’hôtel Moncada où se tenait justement une réunion de la direction du parti. L’ancien ministre de la Justice a fait savoir qu’il devait, à la demande de la présidence de la République, revoir les listes en question et y opérer plusieurs changements.
On ignore pour l’instant si le juge en charge de ce dossier procédera à une confrontation entre les différents prévenus impliqués dans cette affaire. Des avocats interrogés sur le sujet affirment que la procédure de confrontation relève du libre choix du juge qui peut décider ou non de son utilité. Il y a près de deux semaines, Djamel Ould Abbès avait été également entendu dans le fond et inculpé pour une tout autre affaire liée à des détournements qui auraient été opérés durant son premier passage à la tête du ministère de la Solidarité.
L’ancien ministre, nous explique son avocat, a été atterré par ces nouvelles inculpations qu’il estime «non fondées dans la mesure où ses collaborateurs ont inventé une histoire dont ils sont les seuls coupables».
L’ancien secrétaire général du ministère de la Solidarité et plusieurs collaborateurs de Djamel Ould Abbès, actuellement incarcérés, ont témoigné à son encontre et affirmé qu’en tant que premier responsable, il avait usé de subterfuges pour détourner de l’argent. Des accusations contre lesquelles s’insurge l’ex-ministre qui accuse à son tour ses anciens collaborateurs d’avoir usé de faux ,en imitant sa signature sur des chèques et en procédant au retrait de l’argent.
Me Ksentini a, quant à lui , tenu à préciser que les montants en jeu avoisinent les 5 à 10 milliards et n’ont «rien à voir avec les montants fantaisistes (700 milliards) avancés ici et là.
A. C.