Apaisement et ouverture : la démarche hésitante du pouvoir laisse perplexe

Makhlouf Mehheni, TSA, 16 janvier 2020

Les événements qui se succèdent sur la scène politique et judiciaire ne permettent pas de saisir avec certitude l’orientation des nouveaux dirigeants du pays ni leur agenda, précisément concernant les questions du dialogue, de l’ouverture, de la gestion du hirak et des détenus d’opinion. Pour résumer, le pouvoir semble souffler le chaud et le froid sur ces questions, avançant en tout cas à pas hésitants sur le chemin de l’ouverture et de l’apaisement.

Ce mercredi 15 janvier, la chambre d’accusation près la Cour d’Alger a une nouvelle fois a rejeté la demande de remise en liberté provisoire de Abdelouahab Fersaoui. Le président du RAJ, arrêté le 10 octobre dernier lors d’un rassemblement de soutien aux détenus, devrait donc rester en prison en moins quelques jours supplémentaires puisque son dossier, à en croire son avocat, Me Benissad, pourrait être transféré au tribunal dans les prochains jours.

Simultanément, à Béjaïa empêchait un rassemblement devant le tribunal de la ville de citoyens qui entendaient exprimer leur soutien à un activiste arrêté la veille et qui devait être jugé. Quatre personnes ont été interpellées puis relâchée. L’activiste en question, Razik Benmoussa, finira par retrouver la liberté, mais condamné tout de même à six mois de prison avec sursis.

Mardi à Oran, à l’occasion de la traditionnelle marche des étudiants, deux détenus fraîchement libérés ont été interpellés avant d’être relâchés. Il s’agit du défenseur des droits de l’Homme Kaddour Chouicha et du policier de Chlef qui avait demandé ses excuses aux manifestants réprimés par ses collègues. Dans la semaine, le journaliste Khaled Derarni a été interpellé et interrogé pendant plusieurs heures.

De nombreux manifestants et militants demeurent par ailleurs détenus, notamment les figures de proue du hirak que sont Karim Tabbou, Fodil Boumala, Samir Benlarbi et d’autres.

À Tlemcen, les manifestants lourdement condamnés en novembre pour avoir chahuté un meeting électoral du candidat à l’élection du 12 décembre Ali Benflis, ont été finalement relaxés en appel, mais l’étudiante Nour el Houda Oggadi, arrêtée pour ses positions en faveur du hirak exprimées sur les réseaux sociaux, est maintenue en détention provisoire.

Beaucoup avaient cru que le calvaire des détenus d’opinion allait prendre fin après la libération surprise de près de 80 d’entre eux il y a deux semaines. Le 2 janvier, 76 détenus avaient été remis en liberté d’un trait, dont le moudjahid Lakhdar Bouregaâ et le général à la retraire Hocine Benhadid. Mais depuis, on n’a pas assisté à une autre vague d’une telle ampleur, les libérations se faisant au compte-gouttes.

Pour les autres mesures réclamées, c’est le statu quo. Il y a certes beaucoup moins d’arrestations lors des marches hebdomadaires, mais les accès à la capitale demeurent bloqués chaque vendredi et l’ouverture médiatique réclamée par les manifestants et promise par les autorités tarde toujours à se concrétiser. Aucune liberté de ton n’est encore perceptible au niveau des médias audiovisuels public et privés et de nombreux sites d’information –dont TSA– demeurent bloqués.

Le président Tebboune tient un discours rassurant et sa décision d’en finir avec les propos haineux sur les réseaux sociaux, en ordonnant l’élaboration d’une loi criminalisant ce genre de dérives, a été applaudie jusque dans le hirak. Les plus optimistes avancent que l’ouverture et le changement ne peuvent pas survenir en quelques semaines, mais cette attitude qui s’apparente à une démarche hésitante laisse perplexe.

Beaucoup ne comprennent pas par exemple à quelle logique obéit le fait de remettre des gens en liberté au nom de l’apaisement tout en maintenant en détention d’autres arrêtés pour les mêmes motifs et, surtout, en poursuivant les arrestations et les présentations devant la justice.