Ce que la justice reproche à Melzi

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 15 janvier 2020

L’ancien directeur général de Club-des-Pins a été auditionné lundi dernier par le magistrat en charge de son dossier au tribunal de Sidi-M’hamed. Un second passage auprès du juge d’instruction pourrait être programmé dans les jours à venir, a-t-on appris auprès de son avocat.

Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Selon les informations que nous détenons, Abdelhamid Melzi a été écouté sur deux points précis : port d’arme illégal et suspicion d’avoir transmis à des étrangers des informations de nature à porter atteinte à l’économie nationale.
La première accusation est liée à une découverte faite durant la perquisition menée par les services de sécurité au domicile du prévenu. Il s’agit de quelques balles trouvées dans le coffre-fort de Melzi. Interrogé sur le sujet, son avocat, Me Miloud Brahimi, explique qu’il s’agissait en fait d’un «reste de munitions perdues au fond du coffre et que son client avait omis de restituer avec l’arme dont il était en possession et qui lui avait été d’ailleurs légalement attribuée avec un permis de port d’arme».

L’ancien responsable de Club-des-Pins a été également interrogé au sujet de réunions qu’il aurait tenues avec des étrangers, et durant lesquelles, l’accuse la justice, il aurait transmis des informations pouvant porter atteinte à l’économie et la défense nationale du pays. Son avocat s’explique également sur ce volet : «En sa qualité d’ancien directeur général de Club-des-Pins et de toute la zone Sahel, mon client était naturellement en relation avec des partenaires étrangers, il ne s’agissait pas de relations personnelles, ces personnes représentaient des sociétés en partenariat avec l’Algérie et qui travaillaient donc sur des projets dans la zone Sahel (Club-des-Pins et Moretti). De ce fait, il n’y a rien d’anormal à ce qu’il se soit réuni avec certains d’entre eux et que des sujets économiques soient abordés».

Me Miloud Brahimi a, de ce fait, déclaré au juge d’instruction que le dossier de son client «était vide et que son client n’avait pas lieu de rester en prison».
Le prévenu pourrait être à nouveau auditionné dans les jours à venir. Il s’agissait de sa première audition dans le fond depuis son incarcération au mois de mai dernier. L’agence gouvernementale APS rapportait alors qu’il était, entre autres, poursuivi pour «collecte d’informations de nature à porter atteinte à l’économie et la défense nationale au profit d’une puissance étrangère et détention de munitions».
Me Miloud Brahimi a lancé un appel au ministre de la Justice auquel il demande de «mettre fin aux détentions provisoires, des personnes innocentes ont été placées en prison sur la base de dossiers vides qui tardent de plus à être étudiés, il est temps de mettre fin à cette injustice, et de cette façon, la justice algérienne n’en sortira que grandie».
Abdelhamid Melzi avait été arrêté à la fin du mois d’avril passé, alors qu’il se trouvait à proximité de l’hôtel Sheraton.

Au cours de la même journée, les services de sécurité ont procédé également à l’arrestation de sa secrétaire et de son assistante. Le juge d’instruction en charge de ce dossier a placé douze personnes sous mandat de dépôt. Parmi elles, deux des fils Melzi ainsi que sept employés de la Résidence d’Etat de Club-des-Pins. L’épouse de l’ancien P-dg de Club-des-Pins a été, quant à elle, placée en liberté provisoire. Elle est tenue de signer chaque mois un procès-verbal auprès du juge qui a prononcé cette mesure. Il faut rappeler, enfin, que la justice avait auditionné des témoins de nationalité arabe qui se trouvaient parmi eux.
Les faits pourraient être liés aux déclarations de l’ancien ministre du Tourisme, Bengrina. Ce dernier avait en effet révélé l’existence de contacts qu’il avait eus avec un responsable des investissements touristiques au Qatar. «A cette époque, je n’étais plus ministre. Abdallah Bin Jassim Al Thani a rencontré le ministre du Tourisme qui l’a orienté vers Melzi.
Le responsable qatari est venu avec une lettre de l’émir et une enveloppe de dix milliards de dollars pour investir en Algérie. Il est reparti en me disant qu’il est impossible de faire des investissements en Algérie en raison de la corruption et que son Etat lui interdit de donner des commissions», a-t-il révélé.
A. C.