La Libye, nouveau champ de bataille pour les puissances étrangères ?

Ali Idir, TSA, 26 décembre 2019

Abdelmadjid Tebboune a présidé, ce jeudi 26 décembre, une réunion du Haut conseil de sécurité. Selon le communiqué de la présidence de la République, le Haut conseil « a examiné la situation dans la région, notamment au niveau des frontières avec la Libye et le Mali ».

Il « a décidé d’une batterie de mesures à prendre pour la protection de nos frontières et notre territoire national et la redynamisation du rôle de l’Algérie au plan international, particulièrement en ce qui concerne ces deux dossiers, et de manière générale dans le Sahel, la région saharienne et l’Afrique »,

Le président de la République a décidé de réunir le Haut conseil de sécurité de manière périodique et chaque fois que nécessaire, a précisé la présidence de la République.

Cette réunion à laquelle ont pris part les hautes autorités civiles et militaires du pays dont le nouveau chef d’état-major par intérim, le général-major Said Chengriha, intervient dans un contexte marqué par une accélération inquiétante des événements en Libye. Ce jeudi, Recep Tayyip Erdogan a annoncé que le Parlement turc voterait en janvier sur une motion autorisant l’envoi de troupes en Libye.

Ankara entend soutenir le gouvernement d’union nationale (GNA) à l’offensive du maréchal Khalifa Haftar. Ce dernier, qui mène une offensive contre le GNA, est soutenu par l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis. Recep Tayyip Erdogan affirme que les forces de Khalifa Haftar bénéficient aussi du soutien d’une compagnie de sécurité russe, ce que Moscou a régulièrement démenti.

Selon le président turc, cité par le journal russe Kommersant il y a quelques jours, il n’y aurait pas moins de 2000 combattants russes en Libye en ce moment. Pas des soldats réguliers, non, mais des mercenaires envoyés par la société militaire privée Wagner dont on sait désormais que, de l’Ukraine à l’Afrique en passant par la Syrie, elle est le nouveau bras armée du Kremlin là où il s’agit de contourner discrètement le droit international, précise France Culture qui cite le média russe.

Concrètement, l’envoi de troupes impliquerait un engagement des forces turques au sol. Pour le journal espagnol El Pais, la Libye est en train de devenir « le nouveau champ de bataille entre la Russie et la Turquie ».

L’accord signé entre le GNA et Ankara a ravivé les tensions dans la région, souligne l’agence russe Sputnik. L’Égypte, soutien des forces de Khalifa Haftar, a vivement réagi le 17 décembre par l’intermédiaire de son Président Abdel Fattah al-Sissi : « Nous n’autoriserons personne à contrôler la Libye […], c’est une question qui relève de la sécurité nationale de l’Égypte ».

Depuis 2011, la Libye est plongée dans le chaos, déchiré entre deux pouvoirs rivaux : le GNA, basé à Tripoli, et dans l’Est un pouvoir incarné par le maréchal Khalifa Haftar. De nombreuses milices participent également à la propagation du chaos dans le pays. L’implication de puissances étrangères comme la Turquie et la Russie, deux acteurs clés du chaos syrien, ne fera qu’aggraver la situation.