Des funérailles nationales et populaires pour Gaïd Salah

Sonia Lyes, TSA,  25 décembre 2019

Ahmed Gaïd Salah, décédé lundi d’une crise cardiaque, a été enterré ce mercredi 25 décembre au carré des Martyrs du cimetière d’el Alia, à Alger.

Le défunt chef d’état-major de l’ANP a eu droit à des funérailles nationales et populaires. En plus des plus hauts responsables de l’État, dont le président de la République, des milliers de citoyens voire plus ont aussi tenu à lui rendre hommage en assistant à son enterrement.

 La cérémonie des obsèques a commencé vers 7h00 du matin au Palais du peuple pour se terminer vers 15 h30, au cimetière d’El Alia. Le président Abdelmadjid Tebboune s’est recueilli peu après 8 heures devant le cercueil du défunt, qui était exposé au Palais du peuple pour permettre aux autorités, aux diplomates étrangers et aux citoyens de lui rendre hommage.

Le cortège funéraire a quitté le Palais du peuple peu avant 12h00 pour se diriger vers El Alia. Des milliers de citoyens venus des quatre coins du pays l’ont suivi, selon les images diffusées par l’ENTV. À El Alia, une foule impressionnante était massée pour assister à l’enterrement de celui qui a dirigé l’armée durant plus de 15 ans. Le défunt a été enterré au carré des martyrs en présence du président Tebboune et de hauts responsables de l’État.

« L’Algérie perd un fils dévoué, parmi les meilleurs, qui n’a eu de cesse de porter sur ses épaules ses problèmes et ses difficultés sans jamais se plaindre ou faiblir », a affirmé le directeur de la communication, de l’information et de l’orientation au ministère de la Défense nationale (MDN), le Général-major Boualem Madi, qui a lu l’oraison funèbre.

Un peu partout dans le pays, des citoyens ont accompli après la prière du Dohr, et au niveau des différentes mosquées, la prière de l’absent à la mémoire du défunt.

Ces funérailles rappellent pour beaucoup celles du président Boumediene, il y a plus de quarante ans.

Gaid Salah a dirigé l’armée nationale ces 15 dernières années en tant que chef d’état-major depuis 2004 et vice-ministre de la Défense depuis 2013. Il a joué un rôle de premier ordre dans la période de transition entamée avec la démission du président Bouteflika en avril et refermée par l’élection de son successeur, Abdelmadjid Tebboune, le 12 décembre.

Alors que Bouteflika s’accrochait à un cinquième mandat surréaliste vu son état de santé, le commandement de l’armée, représenté par Gaid Salah, a été déterminant dans la suite des événements.

Depuis, le chef d’état-major s’est imposé comme un personnage incontournable de la vie nationale, multipliant les sorties dans les différentes régions militaires et les discours sur la situation politique.

C’est lui qui a tenu à ce que les choses se fassent dans le strict respect des dispositions de la constitution. Le 12 décembre, l’élection à laquelle il avait tant tenu s’est déroulé et le 19, le nouveau président Abdelmadjid Tebboune a prêté serment.

 

Le premier acte de ce dernier, immédiatement après la fin de son discours d’investiture, était de décorer le chef d’état-major d’une distinction habituellement décernée aux chefs d’État.

Quatre jours plus tard, Ahmed Gaïd Salah tire sa révérence et s’en va à jamais. Le nouveau président décrète aussitôt un deuil de trois jours pour toute la nation, sept jours pour l’institution militaire.

Surtout, il lui organise des funérailles nationales et populaires qui marqueront pour longtemps les esprits. Les citoyens sont venus de toutes les régions du pays pour rendre un dernier hommage à celui qui a passé plus de soixante ans de sa vie sous les drapeaux.

Membre de l’ALN pendant la guerre de libération, l’homme a ensuite gravi tous les échelons au sien de l’ANP jusqu’à atteindre le sommet de la hiérarchie militaire.

En 1993, il est nommé général-major et une année plus tard, alors que le pays était à feu et à sang, il est désigné commandant des forces terrestres qui recèlent l’essentiel des troupes de l’armée algérienne.

En 2004, le président Bouteflika le nomme chef d’état-major en remplacement de Mohamed Lamari, démissionnaire.

En 2006, il obtient le plus haut grade de l’armée, celui de général de corps d’armée. En 2013, Ahmed Gaïd Salah hérite d’une autre fonction, celle de vice-ministre de la Défense. Lors des quinze années qu’il a passé à sa tête, il a grandement contribué au renforcement des capacités militaires de l’ANP. Avec sa disparition c’est une page de l’histoire de l’ANP et du pays qui se referme.