Ils sortent de prison aujourd’hui après avoir purgé leur peine

13 hirakistes retrouvent la liberté

Liberté, 23 décembre 2019

Tous ces jeunes, sortis comme des millions d’autres citoyens crier leur colère contre un système qui a mis le pays en coupe réglée, se sont retrouvés incarcérés pour de fallacieuses accusations.

C’est aujourd’hui que 13 détenus pour port du drapeau amazigh retrouveront leur liberté. Arrêtés le 21 juin dernier lors des marches du mouvement populaire, ces jeunes ont été condamnés à un an de prison ferme, dont six mois avec sursis. Aujourd’hui 23 décembre, ils auront purgé l’intégralité de la peine à laquelle ils ont été condamnés lors du procès qui s’est tenu le 22 octobre dernier.

Ce sont Amine Ould Taleb, Mouloud Chatri, Nacer Timsi, Makhlouf Bibi, Abderrahmane Boudraâ, Khaled Ouidir et Samir Idir Guerroudj, Messaoud Leftissi, Djaber Aïbèche, Bacha Bilel, Oudihat Khaled, Meharzi Hamza et Safi Tahar. Tous ces jeunes, sortis comme des millions d’autres citoyens crier leur colère contre un système qui a mis le pays en coupe réglée, se sont retrouvés incarcérés pour de fallacieuses accusations.

Accusés d’atteinte à l’unité nationale pour avoir brandi le drapeau amazigh, plusieurs dizaines de citoyens ont été arrêtés, placés en détention préventive avant que la justice ne décide de les condamner selon l’article 79 du code de procédure pénale.

Les avocats de la défense ont interjeté appel de la décision de la justice. L’audience en appel des 7 premiers détenus qui seront libérés aujourd’hui est prévu, demain mardi, à la Cour d’Alger. Pour les autres, la date n’est pas encore connue.

Il faut rappeler que les arrestations qui ont ciblé les porteurs du drapeau amazigh, contrairement à ce qu’attendait le pouvoir comme effet inhibitif sur la mobilisation, ont, en revanche, créé un élan de solidarité sans précédent avec les détenus et ont renforcé l’adhésion des citoyens au mouvement.

Devenus depuis des symboles de la résistance, les détenus du drapeau amazigh occupent tous les débats, tant la rue a consacré à leur libération l’essentiel de ses exigences. L’affaire des détenus du drapeau amazigh a également mis à nu le fonctionnement de l’appareil judiciaire.

En effet, le traitement réservé par le tribunal de Sidi M’hamed d’Alger aux dossiers des détenus a fait de lui une exception. Il est le seul tribunal à avoir condamné des porteurs du drapeau amazigh et il reste le seul à prononcer autant de mandats de dépôt contre des manifestants.

Il faut rappeler, à ce propos, que le tribunal de Bab El-Oued à Baïnem a libéré les détenus Ali Idir, Boudjemil Mohand, Karoun Hamza, Belakhal Kamal et Okbi Akli. Ces derniers ont été accusés des mêmes griefs que ceux condamnés par le tribunal de Sidi M’hamed. Il faut noter, en outre, que d’autres détenus devraient quitter la prison d’El-Harrach la semaine prochaine, soit le 30 décembre.

Mohamed Mouloudj


Il a été libéré hier

Aucune charge n’a été retenue contre Abdelkader Djeriou

Le procureur de la République près le tribunal correctionnel d’Oued Tlélat, à Oran, a décidé de remettre en liberté Abdelkader Djeriou pour lequel finalement aucune charge n’a été retenue. Un collectif composé d’une dizaine d’avocats des barreaux d’Oran, de Sidi Bel-Abbès et de Tlemcen s’était déplacé à Oued Tlélat pour assister le comédien qui devait répondre d’incitation à attroupement.

Présenté vers 13h30, Djeriou a été relâché une heure plus tard au grand soulagement de son épouse et de quelques artistes venus apporter leur soutien à leur confrère et ami. Certains avocats de la défense ont exprimé leur satisfaction quant au déroulement de la procédure depuis l’interpellation de leur client vendredi dernier.

“Les conditions de sa garde à vue étaient correctes et il a bien été traité”, a déclaré Me Benaïssa du barreau de Sidi Bel-Abbès, en espérant voir ce genre d’attitude se généraliser pour “le bien de l’État de droit auquel nous aspirons”.

Abdelkader Djeriou avait été interpellé par la gendarmerie vendredi après-midi, vers 15h30, alors qu’il se rendait à Oran où la marche de solidarité avec les victimes de la répression du week-end électoral se déroulait.

“Il ne comptait par prendre part à la manifestation. Il avait rendez-vous avec des amis pour réaliser une vidéo dans laquelle il devait réitérer son rejet de la violence”, a expliqué un comédien proche du natif de Sidi Bel-Abbès.

La nouvelle de l’arrestation d’Abdelkader Djeriou, qui n’a été connue que vendredi en fin de journée, a suscité un tollé sur les réseaux sociaux et une large condamnation. “S’il y avait quelqu’un à arrêter, ce sont bien les individus qui ont proféré des menaces contre les hirakistes et contre Abdelkader Djeriou”, s’est insurgé un avocat après l’interpellation du comédien.

Il est à rappeler ici que, suite à l’appel lancé par Djeriou pour un vendredi de solidarité avec les victimes de la répression des 12 et 13 décembre (qui a réuni des milliers de personnes venant de nombreuses wilayas), des individus se présentant comme de “vrais Oranais”, jaloux de leur ville, ont mis en ligne des vidéos à travers lesquelles, ils ont promis le pire des châtiments à ceux qui oseraient se rendre à Oran pour prendre part à la marche. Abdelkader Djeriou a été nommément cité dans l’une de ces vidéos.


Le journaliste devait comparaître hier au tribunal d’Annaba

Le procès de Bendjema reporté au 19 janvier

Prévu hier, le procès du rédacteur en chef du quotidien Le Provincial, Mustapha Bendjema, qui devait comparaître pour répondre des accusations d’incitation et participation à attroupement non armé et d’entrave à un candidat dans le cadre de sa campagne électorale, a été reporté au dimanche 19 janvier 2020.

À signaler que c’est la troisième fois que le procès de notre confrère est ajourné depuis le 4 décembre courant alors qu’il est soumis à une interdiction de sortie du territoire national et mis en demeure de ne pas participer à une marche du hirak.

Comme lors des précédentes audiences, le journaliste s’est présenté au tribunal pénal d’Annaba accompagné d’un collectif d’avocats commis bénévolement et d’un grand nombre d’activistes du hirak.

Un acte de solidarité agissante qui a été exprimé par ces derniers à l’endroit de tous les détenus d’opinion, à chacune de leur présentation devant les tribunaux de la wilaya, se doit-on de signaler.

A. Allia


La demande de mise en liberté provisoire a été refusée hier

Karim Tabbou reste en prison

Karim Tabbou, militant politique incarcéré à la prison de Koléa depuis bientôt trois mois, est maintenu en détention. La chambre d’accusation près la Cour d’Alger a débouté, hier, l’appel interjeté par le collectif de défense pour sa mise en liberté, au début du mois de décembre courant. Les avocats ont plaidé, devant cette instance, mercredi dernier. Le magistrat a reporté l’annonce de sa décision au 25 décembre.

Il n’en demeure pas moins que Karim Tabbou a reçu, jeudi dernier, selon ses avocats, une notification faisant état du prononcé du verdict ce dimanche. Un homme de loi nous a donné une explication juridique de ce qui semble être une anticipation sur la date fixée préalablement par le juge en charge du dossier. “La chambre d’accusation doit statuer sur une demande de mise en liberté provisoire dans les 20 jours qui suivent l’appel.

Dans le cas de Tabbou, le délai aurait expiré le 25 décembre”, a-t-il précisé. Jusqu’à présent, le procès du président de l’UDS (Union démocratique et sociale, parti non agréé) n’est pas encore programmé, alors qu’il bouclera la première période de la détention préventive le 26 janvier prochain. Il est pressenti que le mandat de dépôt sera renouvelé pour quatre autres mois, comme ce fut le cas pour le moudjahid Lakhdar Bouregâa, en novembre dernier.

Pour rappel, l’ancien premier secrétaire du FFS et ancien député, devenu un repère pour le mouvement citoyen en raison de ses interventions publiques virulentes contre le régime, a été placé, une première fois, sous mandat de dépôt, le 12 septembre 2019, par le juge d’instruction près le tribunal de Koléa pour le chef d’inculpation inhérent à “participation en temps de paix à une entreprise de démoralisation de l’armée”.

La chambre d’accusation de la Cour de Tipasa a, néanmoins, statué favorablement sur la demande de remise en liberté et l’a soumis à un contrôle judiciaire, après treize jours d’incarcération.

Moins de 24 heures après sa sortie de prison, il a été de nouveau arrêté à son domicile et présenté devant le juge d’instruction du tribunal de Sidi M’hamed (Alger), qui l’a renvoyé illico presto dans sa cellule carcérale. Il est accusé d’“incitation à des actes de violence dans le but de porter atteinte à la sécurité nationale” et d’“atteinte à l’unité nationale”.

Souhila H.