Plainte du général à la retraite Hocine Benhadid contre la chaîne Ennahar : 6 mois de prison ferme contre le directeur et un de ses journalistes

Salima Tlemcani, El Watan, 23 décembre 2019

Le directeur de la chaîne Ennahar et un de ses journalistes ont été condamnés à 6 mois de prison ferme, en cette fin de semaine, par le tribunal de Bir Mourad Raïs, à Alger, pour avoir «diffamé» et «offensé» le général à la retraite Hocine Benhadid, en détention depuis le 12 mai dernier. Le verdict est tombé au moment où Benhadid, plaignant dans l’affaire, subissait sa troisième intervention chirurgicale pour une fracture mal soignée due à une chute dans sa cellule à El Harrach.

Une peine de 6 mois de prison ferme, assortie d’une amende de 50 000 DA, a été prononcée en cette fin de semaine par le tribunal de Bir Mourad Raïs, à Alger, contre le directeur de la chaîne de télévision Ennahar, Anis Rahmani, et son journaliste, Ahmed Hafsi, pour avoir «diffamé» et «offensé» le général à la retraite Hocine Benhadid, en détention depuis le mois de mai dernier.

Contacté, son avocat, Me Bachir Mechri, explique que cette affaire remonte au mois de mai dernier, après la publication par le général à la retraite Hocine Benhadid d’une lettre sur les colonnes d’El Watan, adressée le 25 avril dernier au vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’Anp, Ahmed Gaïd Salah, pour lui exprimer sa vision de la crise politique et les solutions à même de la résoudre. Le jour-même, la chaîne de télévision Ennahar a diffusé une émission spéciale dans laquelle le général Hocine Benhadid est gravement présenté comme un traître, au passé sanguinaire, qui a participé au coup d’Etat de janvier 1992.

Aussi bien le journaliste Ahmed Hafsi que les intervenants invités par la chaîne de télévision ont porté de graves accusations à l’encontre de Benhadid, notamment celle d’appeler à la rébellion au sein de l’armée. Quelques jours après, Benhadid a été convoqué au siège de la direction de la sécurité intérieure où des officiers l’ont entendu durant des heures sur le contenu de sa lettre, avant de le relâcher.

Le 12 mai, il a été convoqué par le tribunal de Sidi M’hamed, qui a ordonné sa détention, malgré la détérioration de son état de santé, pour le chef d’inculpation de «participation en connaissance de cause à une entreprise de démoralisation de l’armée ayant pour objet de nuire à la défense nationale». L’avocat explique que la plainte contre le directeur de la chaîne de télévision privée et le journaliste a été déposée juste après la diffusion de l’émission, «mais elle n’a été enrôlée que des mois après. Après trois reports en raison de l’absence des mis en cause, le tribunal a finalement rendu sa sentence cette fin de semaine».

La décision est tombée au moment où le général à la retraite subissait sa troisième intervention chirurgicale au niveau du bassin, en raison d’une fracture causée par sa chute dans sa cellule à la prison d’El Harrach. «Effectuées au CHU Mustapha Bacha, les deux premières interventions n’ont pas réussi à lui permettre de se remettre à marcher.

Il est pratiquement totalement handicapé et reste cloué dans son lit au pavillon pénitentiaire, ne recevant qu’une fois tous les 15 jours son avocat et les membres de sa famille. Mercredi dernier, il a subi une troisième intervention qui s’est bien déroulée. Nous espérons que ce sera la dernière», lance Me Mechri.

A propos de l’affaire pour laquelle il est en détention, Me Mechri explique qu’après son audition par le juge durant les dix premiers jours qui ont suivi sa mise sous mandat de dépôt, «il n’y a rien eu, à part la prolongation de la détention de quatre autres mois après le rejet de la demande de mise en liberté.

Son état de santé est inquiétant, mais rien n’a été fait pour lui permettre de bénéficier de soins à la hauteur de la gravité de son état, au milieu de sa famille. Vu son âge avancé, 76 ans, les lourdes maladies qu’il traîne et les séquelles des interventions chirurgicales subies récemment, la place de Benhadid n’est pas en prison».