Appels à préserver le caractère pacifique du hirak : Le devoir de vigilance

Madjid Makedhi, El Watan, 11 décembre 2019

Des personnalités, des hommes politiques, des intellectuels et des militants multiplient, depuis quelques jours, des appels au calme et à la vigilance face au coup de force électoral du pouvoir en place.

Tout en réitérant leur soutien au mouvement populaire qui rejette massivement le scrutin de demain, 12 décembre, les signataires de ces appels soulignent la nécessité de maintenir le caractère pacifique du hirak pour déjouer toutes les manœuvres du pouvoir en place.

Le dernier appel en date a été lancé, hier, par un groupe de 19 personnalités et intellectuels. Dans une déclaration signée, entre autres, par Ali Yahia Abdennour, Taleb Ibrahimi, Ali Benmohamed, Abdelaziz Rahabi, Mustapha Bouchachi, Noureddine Benissad, Arezki Ferrad, Hadi Hassani, Nacer Djabi et Abdelghani Badi, le groupe appelle les «partisans du hirak à considérer le rendez-vous du 12 décembre comme une étape parmi d’autres qu’il faut traverser avec succès pour préserver leur pacifisme après cette date».

Il invite aussi les tenants du pouvoir «à renoncer aux discours provocateurs, à l’usage du langage de la menace et à cesser d’accuser de trahison tout citoyen porteur d’opinion contraire à celle du pouvoir, dans la recherche d’une sortie de crise». «Nous le (le pouvoir) rendons responsable de tout dérapage éventuel dans les jours à venir», expliquent les signataires de cet appel.

Un autre groupe de militants a également lancé, avant-hier, un «appel à la vigilance» adressé à tous les Algériens. «Depuis 42 semaines, des millions de citoyen(e)s de tout âge et de toute catégorie sociale, dans un bloc unitaire qui relève du miracle comme seules les grandes révolutions savent en produire, se sont engagés dans une confrontation extrêmement dure avec le commandement de l’armée qui refuse de céder la souveraineté nationale à son dépositaire légitime», soulignent les signataires, dont Saïd Khelil, Arezki About, Nacer Haddad et Tarek Mira.

Ces derniers dénoncent, dans la foulée, les manœuvres du pouvoir de fait «qui ne se reconnaît aucune limite». «Au-delà de la reprise en main violente du champ politique et de tous les espaces d’expression, la diabolisation de toutes les formes d’intermédiation, il n’hésite pas à mettre en péril l’unité nationale par la manipulation de la question amazighe, pourtant constitutionnellement réglée, à mettre à terre la symbolique de Novembre par l’emprisonnement de l’une de ses dernières figures emblématiques et à brader les richesses nationales au profit des puissances étrangères», lit-on dans cette déclaration.

Selon les signataires «ce n’est pas un simulacre, une parodie électorale déjà mise à nue par notre diaspora (…), qui va perturber le cours pacifique de la révolution». «Nous refusons la violence. Nous invitons les Algériennes et les Algériens à faire preuve de vigilance et de sérénité. Nous exhortons le peuple révolutionnaire à déjouer toutes les manœuvres et conspirations qui consistent à engager la jeunesse dans une logique de violence et de chaos», soulignent-ils, en appelant les Algériens à sortir massivement le vendredi 13 décembre pour disqualifier cette «parodie électorale».

Des partis politiques, des associations et des personnalités ont également lancé un autre appel au rejet massif de la présidentielle, tout en maintenant le caractère pacifique de la mobilisation populaire.