Campagne électorale : Les candidats en terrain miné

H. L. , El Watan, 03 décembre 2019

Depuis le lancement de la campagne électorale, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées lors de rassemblements et de manifestations contre les candidats et contre la tenue du scrutin, alors que des marches nocturnes sont organisées à la suite d’appels sur les réseaux sociaux.

La campagne électorale pour la présidentielle du 12 décembre, qui vient de boucler sa deuxième semaine, se poursuit de manière discrète, face au rejet massif de l’organisation du scrutin par le hirak. Les cinq candidats à la fonction suprême, vilipendés par le mouvement populaire, peinent à la mener comme ils l’espèrent à une semaine de la fin d’une campagne agitée.

Leurs meetings se tiennent en présence des forces de police, et plusieurs ont été perturbés par des manifestants opposés à la tenue de la présidentielle dans les conditions actuelles.

Hier, le candidat Abdelmadjid Tebboune devait animer un meeting à Sétif. Sur place, l’ex-Premier ministre a été accueilli par des manifestants qui scandaient «Tebboune dégage !» et «Makache intikhabate yal îssabate !» (Pas de vote avec les gangs). Les manifestants ont organisé une marche pour exprimer leur hostilité au scrutin présidentiel.

La veille, le même Tebboune, qui a animé un meeting devant une salle presque vide à M’sila, a été chahuté par des citoyens hostiles à l’élection. A Jijel, à l’est du pays, le meeting électoral de Benflis a été perturbé par des manifestants qui rejettent l’organisation d’une présidentielle dans les conditions actuelles.

A l’extérieur de la salle, tout au long de son discours, des manifestants contestant cette élection chaque jour lors de rassemblements devant le siège local de l’ANIE, ont été nombreux à faire entendre leur voix. Ils ont été toutefois tenus à l’écart des accès de la salle par la police. Les meetings de Benflis, ancien Premier ministre de Abdelaziz Bouteflika, ont été perturbés, notamment à Biskra, M’sila, Tlemcen et Bouira depuis l’ouverture de la campagne électorale.

A Mascara, à l’ouest du pays, des jeunes activistes du hirak ont été brièvement interpellés, avant-hier, par des policiers en uniforme, quelques minutes avant l’arrivée du candidat du RND, Azzedine Mihoubi, dans la ville de Bou Hanifia où il devait animer son meeting électoral. Les militants espéraient manifester pacifiquement leur refus du prochain scrutin imposé par le chef d’état-major.

Depuis le lancement de la campagne, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées dans le cadre de rassemblements contre les candidats et lors de manifestations contre la tenue du scrutin, alors que des marches nocturnes sont désormais organisées à la suite d’appels sur les réseaux sociaux.

La justice a condamné à 18 mois de prison ferme quatre personnes ayant perturbé un meeting de Ali Benflis à Tlemcen, tandis que 14 autres ont écopé de deux mois avec sursis.

Il y a une semaine, l’ONG Amnesty international a dénoncé un «climat de répression» et des «atteintes aux libertés» défavorable à la libre expression. «Les opposants aux élections ou aux politiques menées par le gouvernement doivent avoir la possibilité d’exprimer leurs opinions sans crainte de représailles ou de répression» a souligné l’ONG.