41e acte de la mobilisation à l’est : La rue constantinoise maintient le cap

Naïma Djekhar, El Watan, 30 novembre 2019

Ce 41e acte de la mobilisation à Constantine est en réalité le prolongement de la marche nocturne tenue la veille par les irréductibles du hirak. Une «escalade» pacifique dans l’action contestataire qui s’est imposée en tant que durcissement du mouvement populaire face à l’entêtement du pouvoir à maintenir l’élection du 12 décembre.

En effet, depuis vendredi dernier, la rue constantinoise est le théâtre quotidien de rassemblements et marches nocturnes. Les manifestants ne s’accordent aucun répit, tant que leur voix n’est pas entendue. Et c’est une démonstration d’engagement dont ils font preuve au quotidien.

Hier, c’était aussi le cas. Nombreux, ils ont réitéré leur refus de céder, ne serait-ce qu’un iota, sur leurs revendications. «Makanche intikhabete maâ el îssabate !» (Pas d’élections avec les bandes) ; «Dégage Gaïd Salah, had el am makanche el vote !» (Dégage Gaïd Salah, il n’y aura pas de vote cette année), ont-ils scandé au son de la derbouka, le long de l’itinéraire traditionnel. «Imposer à tout prix un scrutin qui va à contresens du choix populaire est une hérésie. Nous sommes des millions dans la rue, chaque vendredi, pour le signifier haut et fort, et nous recevons la même réponse depuis neuf mois, celle du mépris et de l’indifférence», explique une figure locale du hirak. «En sortant encore aujourd’hui, nous avons voté ‘‘Non’’ pour la 41e fois. Que leur faut-il de plus pour comprendre que l’urne n’est pas la solution ?» nous dit un marcheur, pour lequel, une consultation électorale doit couronner le processus de transition et non pas l’inverse.

En ce début du 10e mois du hirak, les artères principales de la ville connaissent une déferlante humaine comparable à celle des premiers jours. Un rempart contre les desseins du pouvoir en place, selon la vox populi, mais qui demeure jusqu’alors insuffisant pour un revirement de situation à 12 jours de la présidentielle. «La mobilisation est toujours payante, tant que la rue est occupée jour et nuit comme c’est le cas dans plusieurs villes du pays», rassure un syndicaliste du secteur de l’enseignement.

La répression qui s’abat continuellement sur les manifestants et les activistes a été dénoncée à travers des slogans. «Libérez nos enfants, libérez les détenus d’opinion !» Et de brandir des pancartes à l’effigie des détenus d’opinion, dont les plus symboliques sont Lakhdar Bouregaâ, Fodil Boumala et Karim Tabbou. «Le régime multiplie les entraves aux libertés, à la mobilité, les répressions et les provocations… Ces pratiques ne nous dissuaderons pas de notre objectif, de notre cause», assène un autre manifestant. Autour de lui, de jeunes activistes se sont rassemblés, clamant de plus belle des slogans hostiles à un système en place inflexible et aphone, et aux candidats en lice traités de noms d’oiseaux : «Hna ouled Amirouche, marche arrière man welouche !» (Nous sommes les enfants du colonel Amirouche, nous ne ferons pas marche arrière), «Dawla madaia machi askaria !» (Etat civil, non militaire), «Makanch el vote wallah man dirou, Bedoui, Bensalah lazem ittirou, lokane berssas alina ytirou, wallah mana habsine !», (Il n’y aura pas de vote, Bedoui et Bensalah doivent partir, même si on nous tire dessus, nous ne nous arrêterons pas).

A lui seul ce dernier slogan résume la détermination et l’engagement d’un peuple dans son combat pour la dignité, pour une Algérie nouvelle.


Annaba , Souk Ahras , Khenchela : «Pas d’élection présidentielle avec la bande»

Sous un soleil de plomb, les habitants de la wilaya de Annaba ont marché hier pour le 41e vendredi, où des femmes et des enfants y étaient en nombre. La marche s’est ébranlée à partir du cours de la Révolution, la plus importante place publique de la wilaya, avant que la foule ne se dirige vers le siège de la wilaya pour marquer une pause et réitérer les slogans hostiles au pouvoir en place. Outre la forte mobilisation qui a marqué ce 41e vendredi, on a réclamé la libération des détenus du hirak, notamment celle du grand moudjahid Bouregaâ : «Libérez nos frères !» «Libérez Bouregaâ !» Les manifestants n’ont pas omis de rejeter l’élection présidentielle du 12 décembre prochain en brandissant des dizaines de pancartes sur lesquelles on peut lire : «Pas d’élection présidentielle avec la bande», «ça y est, c’est bon le peuple est Président». Les hostilités du mouvement citoyen ont concerné aussi les généraux et on pouvait entendre : «Les généraux à la poubelle et l’Algérie a eu son indépendance !» Aussi mobilisés que les Annabis et les Bordjiens, les manifestants à Souk Ahras étaient descendus en force hier dans la rue. La foule a déferlé des quatre coins de la ville pour marcher en signe de protestation contre le prolongement du quatrième mandat de Bouteflika. Une marée humaine a sillonné pendant des heures les principales artères de Souk Ahras avec banderoles et drapeaux tout en scandant des slogans hostiles au pouvoir et au FLN. Le rejet de la feuille de route pour le changement du système et l’appel à une rupture totale avec ce dernier ont été résumés dans des pancartes affichées par les manifestants, essentiellement des jeunes.

Ce sont les mêmes revendications brandies à Khenchela dont le départ de tous les symboles de l’ancien système et la libération des détenus du hirak, entre autres préalables à des élections libres. Les manifestants ont fortement réclamé l’instauration d’un «Etat de droit !» «L’indépendance de la justice !» et «L’application des articles 7 et 8 de la Constitution !» Tous ont scandé : «Makanech el vote, wallah ma ndirou, Bedoui wa Bensalah lazem ytirou, hatta b r’sas waalina ytirou, wallah mana habssine !» (Nous jurons que nous n’allons pas nous arrêter, il n’y aura pas de vote, Bedoui et Bensalah doivent partir même s’ils nous tirent dessus), «Dawla madania machi askaria !» (Etat civil, non militaire). «Pourquoi aller à une élection qui ne résoudra pas notre crise politique, nous voyons des meetings sans public, arrestations de protestataires, appels au boycott… ce n’est pas un contexte idéal pour une élection, puisqu’elle sera considérée comme illégitime politiquement par la plupart des Algériens», a précisé un hirakiste.

M.-F. G., A. Djafri, M. Taïbi

Guelma , Tébessa ,Oum El Bouaghi : la population déterminée plus que jamais

Intarissables d’ingéniosité, les hirakistes guelmis ont fait fort hier, en ce 41e vendredi de marche contre l’organisation de l’élection présidentielle programmée pour le 12 décembre prochain. Une banderole au design très actuel, sur laquelle l’on pouvait lire dans la langue de Shakespeare «Freedom» et «Houria» en langue nationale, en d’autres termes «Liberté», a capté l’attention des nombreux marcheurs et badauds sur le parcours habituellement emprunté. En effet, c’est sous un soleil radieux que des centaines de hirakistes, hommes et femmes, ont battu le pavé en scandant en chœur «Liberté ! Liberté !» Résolument hostiles à l’organisation de l’élection présidentielle, les hirakistes guelmis l’ont encore une fois annoncé clairement sur des pancartes. «Je ne vote pas avec le gang pour l’Algérie», lit-on ou encore «Le climat propice viendra avec le départ du gouvernement et l’ouverture des droits aux libertés». A Tébessa, c’est avec les slogans «Pouvoir assassin !» «Ya el Gaïd manache radjaine !» que les marcheurs ont entamé leur 41e acte de contestation. Changer l’itinéraire habituel de la marche pacifique en sillonnant plusieurs quartiers de la ville de Tébessa a provoqué un effet boule de neige drainant davantage de personnes à participer à la manifestation. Les marcheurs ont réaffirmé hier leur détermination à aller jusqu’au bout. «On est arrivés à une étape de non-retour, nous ou le pouvoir en place», a affirmé un jeune rencontré dans la foule. A mesure que l’échéance de l’élection présidentielle approche, le nombre des manifestants grossit à Oum El Bouaghi, surtout avec l’arrivée d’autres jeunes qui soutiennent le hirak. Nous l’avons constaté particulièrement dans la ville de Aïn Beïda où les hirakistes demeurent attachés à leur revendication première, à savoir le départ de tous ceux qui continuent à gérer le pays. «Dawla madania, machi askaria !» «Rana dina lestikal !» (Nous sommes indépendants), «Makach intikhabete maâ el îssabate !» et d’autres slogans scandés tout le long de la marche. En tout état de cause, le nombre impressionnant des marcheurs de ce vendredi renseigne sur la mobilisation et l’engagement des anti-élection.

K. Dadci, S. Lakehal, L. Baâziz

Skikda , Jijel., Biskra : la mobilisation toujours intacte

La mobilisation reste intacte à Skikda, où des centaines de hirakistes ont réitéré ce vendredi leur refus de voter. «Makach intikhabete maâ el îssabate !» (Pas de vote avec la bande), scandaient les manifestants, alors que d’autres, à travers des pancartes, assimilaient le refus de voter à «Un devoir national». Certains n’ont pas caché leur obstination et le refus de l’élection présidentielle «Quitte à aller en prison», lisait-on sur des pancartes. De nouveaux slogans ont par ailleurs fait leur apparition ce vendredi comme «Ma tkhaoufounach bel aâchria, hna rabbatna el miziria !» (Vous ne nous faites pas peur avec la décennie noire, nous avons été élevés par la misère), un refrain qui a été longtemps scandé par une foule compacte qui semble gagner en maturité et aussi en nombre, de semaine en semaine.

Le constat est identique à Jijel. La foule, certes juste un peu moins nombreuses que la semaine dernière, reste tenace quant au rejet de la prochaine présidentielle. Sous un beau soleil d’automne, les manifestants ont exprimé le rejet de la prochaine élection «avec le gang», tout en s’érigeant contre le chef d’état-major de l’armée qui a eu, comme à l’accoutumée, son lot de slogans hostiles.

Les marcheurs ont rappelé l’exigence de l’établissement d’un Etat civil et de la libération des détenus politiques. On entendra ainsi «Les généraux à la poubelle !» et «Allez voter dans les casernes !» entre autres. Sur les écriteaux, on pouvait que «La révolution du Sourire vaincra en dépit des difficultés et de l’adversité».

Brandissant des drapeaux, des pancartes et des banderoles et scandant des slogans hostiles aux tenants du pouvoir et aux candidats à la magistrature suprême qu’ils ont vitupérés à souhait, les protestataires biskris ont entonné des chansonnettes subversives de plus en plus sophistiquées avec des rimes à la manière de la poésie populaire et truffées de métaphores, a-t-on relevé. K. Ouhab, Fodil S., H. Moussaoui

Bordj Bou Arréridj : «Nous ne sommes pas la Syrie»

Avec le même mode opératoire depuis 41 vendredis, les hirakistes à Bordj Bou Arréridj ont inlassablement réitéré leur rejet des élections et appelé à la libération des détenus d’opinion incarcérés un peu partout en Algérie. «Maranach Sourya !» (L’Algérie n’est pas la Syrie), est un nouveau slogan qui a fait son apparition dans cette marche pour faire allusion au pacifisme du mouvement de protestation qui boucle son neuvième mois. M. A.