Présidentielle : Le rejet s’accentue

Hocine Lamriben, El Watan, 28 novembre 2019

Malgré une présence policière renforcée depuis le lancement de la campagne, les manifestants multiplient les actions contre un scrutin présidentiel considéré par le hirak comme une manœuvre du «système» pour se régénérer.

Meetings chahutés ou annulés, arrestations de manifestants et appels à l’annulation ou au boycott du scrutin. A dix jours de la fin de la campagne pour la présidentielle du 12 décembre, la tension monte de plus en plus alors le hirak refuse massivement l’organisation du scrutin. Vilipendés par le mouvement populaire, les cinq candidats en lice mènent une campagne discrète et chaotique.

Malgré une présence policière renforcée depuis le lancement de la campagne, les manifestants multiplient les actions contre un scrutin présidentiel considéré par le hirak comme une manœuvre du «système» pour se régénérer. Dernière action en date, les manifestants de Bouira se sont rassemblés, hier, pour exprimer leur rejet de la visite du candidat Ali Benflis, après voir chahuté lundi dernier celle de Abdelkader Bengrina. Les meetings de Benflis ont été déjà perturbés, notamment à Biskra, M’sila et Tlemcen.

Avant lui, les déplacements de Azzedine Mihoubi et de Abdelaziz Belaïd, au sud du pays, ont également été perturbés. Certains candidats ont même été obligés de renoncer à prononcer leurs discours, comme Abdelmadjid Tebboune, dont un meeting à Alger a été annulé, tandis que plusieurs membres d’équipes électorales ont démissionné de leur poste, sous la pression croissante des manifestants hostiles au scrutin présidentiel.

Incarné par Gaïd Salah et résolu à tenir ce scrutin coûte que coûte, le régime a accentué la répression, notamment depuis le début de la campagne. Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées dans le cadre de rassemblements contre les candidats et lors de manifestations contre la tenue du scrutin, alors que des marches nocturnes sont désormais organisées à la suite d’appels sur les réseaux.

La justice a condamné à 18 mois de prison ferme quatre personnes ayant perturbé la veille le meeting de Ali Benflis à Tlemcen, tandis que 14 autres ont écopé de deux mois avec sursis. Près de 140 manifestants, militants ou journalistes ont été incarcérés depuis fin juin pour des faits liés au hirak, en détention provisoire ou condamnés à des peines de prison ferme, selon un bilan non exhaustif du Comité national de libération des détenus (CNLD).

Dans ce contexte, des appels à l’annulation ou au boycott des élections se sont multipliés ces derniers jours. Du côté de l’opposition, le RCD a affirmé cette semaine que la présidentielle programmée pour le 12 décembre «est déjà disqualifiée». Dans un communiqué, la LADDH a appelé à l’annulation du scrutin.

Pour sa part, le CNLD a appelé, dimanche dernier, les Algériens à une grève générale «dans tous les secteurs à travers le territoire national, pour la journée du jeudi 28 novembre» et «à rejoindre massivement par un rassemblement des mamans et des familles de détenus, le même jour, à 14h, place Maurice Audin (Alger), pour exiger la libération de tous les détenus de la révolution et l’arrêt immédiat de cette répression judiciaire».

Autre appel : celui lancé par un groupe d’intellectuels et d’universitaires, qui ont plaidé pour le report de l’élection présidentielle, tout en appelant le peuple à poursuivre le mouvement contestataire, y compris après la «date forcée» du 12 décembre. Dans une autre déclaration, Lahouari Addi et Djamel Zenati ont cosigné, avant-hier, un «appel aux consciences». «Le hirak est porteur d’une ambition nationale. Aussi, le devoir patriotique, aujourd’hui, commande en priorité à tout un chacun de se mobiliser pour empêcher la tenue de cette aventure électorale», ont-ils plaidé.