Inculpé pour corruption : L’homme d’affaires Omar Alilat sous mandat de dépôt

Salima Tlemcani, El Watan, 21 novembre 2019

Son nom a de tout temps été cité dans des affaires de corruption, mais ses puissantes relations avec le frère du Président déchu, puis avec Ahmed Ouyahia (ex-Premier ministre) et Abdelmadjid Tebboune, l’ont protégé de toute poursuite judiciaire.

Lui, c’est l’homme d’affaires et ex-député RND de Béjaïa (2012-2017), Omar Alilat, qui avait défrayé la chronique en septembre 2016, lorsque la presse espagnole a cité son nom et celui de l’ex-conseiller à la Présidence, le général à la retraite Zine El Abidine Hachichi, dans un scandale de pots-de-vin liés à des contrats obtenus par des sociétés espagnoles dans les secteurs de l’hydraulique et des transports, et qui ont éclaboussé de nombreux responsables politiques ibériques.

A l’époque, aussi bien l’homme d’affaires que le général à la retraite Hachichi ont nié tout lien avec cette affaire. Mais pour la justice espagnole, ils ont bel et bien joué un rôle dans le versement de plusieurs millions d’euros de commissions en contrepartie de leurs services de «facilitateurs» pour l’obtention de contrats de réalisation dans le secteur de l’hydraulique, comme cela aurait été le cas pour Omar Alilat, et dans celui de l’industrie, alors dirigé par l’ex-ministre Abdessalem Bouchouareb, pour le cas du général à la retraite, lié au groupe Villar Mir, associé avec l’ex-patron de l’ETRHB Ali Haddad, dans la société Fertial.

Les documents, révélés par la presse espagnole et trouvés au siège du cabinet Audit & Consulting  où travaillaient les deux intermédiaires présumés, montrent clairement le versement de millions d’euros pour l’obtention de contrats de réalisation en Algérie. L’affaire avait pris de l’ampleur en Espagne pour se terminer avec l’arrestation de nombreux dirigeants politiques et des poursuites contre les sociétés incriminées, mais aucune information judiciaire n’avait été ouverte en Algérie.

Une année plus tard, le puissant homme d’affaires Omar Alilat fait de nouveau parler de lui en accompagnant le Premier ministre d’alors, Abdelmadjid Tebboune, dont il était très proche, dans son intrigante escapade en France puis en Turquie et en Moldavie. Dès son retour au pays, il avait été interpellé par les services de sécurité, entendu durant des heures, puis relâché sur «intervention». Présenté comme «porteur de valise» du candidat à l’élection présidentielle, Abdelmadjid Tebboune, Omar Alilat se retrouve rattrapé par la justice après qu’une enquête ait été ouverte sur son implication présumée dans des affaires de corruption.

Son arrestation, en ce moment précis, alors qu’il fait partie du staff de Tebboune, suscite de nombreuses questions, surtout qu’elle intervient juste après la démission inexpliquée du directeur de campagne, l’ex-ambassadeur Abdallah Baali. Même si certains expliquent cette décision par des «divergences» entre ce dernier et le fils Tebboune, également membre du staff, beaucoup lient la réaction de l’ex-diplomate à des considérations plus importantes, probablement liées à «la gestion» de la campagne.

En tout cas, l’arrestation et la mise en détention de l’homme d’affaires pour des faits liés à la corruption mettent à mal le candidat Tebboune, présenté par beaucoup comme étant celui de l’armée. Quelle lecture peut-on faire de cette affaire ? Est-elle liée au scrutin présidentiel ou s’agit-il d’un simple concours de circonstances ? Des questions importantes qui restent néanmoins posées…