L’Algérie plonge dans une grave crise économique

Makhlouf Mehenni, TSA, 19 novembre 2019

Le Fonds monétaire international (FMI) estimait en juin dernier que l’Algérie avait besoin, en maintenant les mêmes niveaux de production, d’un baril de pétrole à 116 dollars pour équilibrer son budget.

Un chiffre qui, au vu des données et prévisions actuelles, relève plus de la chimère que de l’objectif réaliste et à portée de main.

L’or noir, dont le pays tire presque l’intégralité de ses ressources en devises, se maintient difficilement aux alentours de la moitié du seuil espéré, c’est-à-dire à 60 dollars, et rien dans les traditionnels facteurs régulateurs du marché ne permet d’entrevoir une embellie à court ou moyen termes.

Toutes les recettes tentées pour faire baisser la facture des importations ayant lamentablement échoué, c’est logiquement que le matelas de réserves de changes constitué dans les années du pétrole cher fond chaque année de quelque vingt milliards de dollars, soit l’équivalent du déficit de la balance des paiements accusé annuellement par le commerce extérieur du pays.

Dans une année, il restera un peu plus de 50 milliards dans les caisses, et plus rien dans trois ans. Cela, si une baisse, même légère, des cours pétroliers ne vient pas rapprocher l’échéance.

A ces sombres prévisions s’ajoute un marasme économique sans précédent qui empêche tout optimisme de voir d’autres secteurs contribuer à atténuer dans l’immédiat ou à moyen terme les effets de la baisse des recettes pétrolières.

Un marasme aggravé par la situation politique et les tâtonnements du gouvernement. Aucune donnée chiffrée n’est disponible pour le confirmer, mais des sources patronales parlent d’une paralysie et d’une véritable hécatombe pour l’emploi.

Le secteur le plus touché serait celui du bâtiment et des travaux publics, un des moteurs de l’économie qui s’est brusquement éteint. Selon le président de l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA), Mouloud Khaloufi, plus de 60% des entreprises du BTP ont cessé leurs activités.

Des PME et des artisans dont l’activité dépend de celle du secteur du BTP ont baissé rideau, en attendant des jours meilleurs, selon de nombreux chefs d’entreprises. Globalement la baisse d’activité avoisine les 30%, mais certains secteurs sont durement touchés, avec des baisses allant jusqu’à 90% ou plus, selon la même source.

L’estimation ne devrait pas être exagérée, puisqu’on assiste à la conjonction d’une somme de facteurs concourant tous à la mise en difficulté de l’entreprise et de l’outil productif, et donc de la création d’emplois et de richesses, vitaux pour la stabilité du pays.

Le recul de la commande publique, induit par la baisse des recettes, est aggravé par la tétanisation des donneurs d’ordre conséquemment à la chasse aux corrompus lancée dans le sillage de la chute de l’ancien président. Des sources assurent que des projets se trouvent de fait gelés et ce n’est pas toujours faute de financements.

Pour les entreprises des patrons emprisonnés dans le cadre de la même campagne, les effets sont plus directs : perte des marchés pour celles, nombreuses, qui vivaient de la commande publique, gel des comptes bancaires, baisse de l’activité et sans doute compression des effectifs, même si, là aussi, aucune statistique n’est disponible pour illustrer la saignée.

On sait au moins que les employés de ces entités économiques ont battu le pavé pour réclamer le paiement de leurs salaires. L’effet domino est inévitable. Si ces entreprises n’ont pas de quoi verser les salaires, il va de soi qu’elles ne sont pas en situation d’honorer leurs engagements vis-à-vis de leurs partenaires, prestataires ou sous-traitants.

Ce qui donne autant d’autres entreprises en difficulté. La situation est d’autant plus problématique que l’inquiétude et la tétanisation ne se limitent pas aux seuls acteurs actifs dans la sphère économique.

Les potentiels investisseurs, nationaux ou étrangers, se montrent aussi frileux et le resteront sans doute tant que subsistera le manque de visibilité politique et l’instabilité de la législation.

Depuis quelques mois, on assiste à des remises en cause en cascade des politiques tracées ces dernières années, de stratégies industrielles et d’avantages sur la base desquels des investisseurs s’étaient engagés, comme on l’a fait pour la filière d’assemblage de véhicules et plus récemment pour celle du montage de téléphones mobiles. Le démantèlement de la filière téléphonie mobile va provoquer la mise au chômage de plus de 6000 emplois, selon les professionnels du secteur.

Les investisseurs lésés sont en droit de saisir la justice pour réclamer des dédommagements, estime dans une émission radiophonique le président du Forum des chefs d’entreprises (FCE), Samy Agli.

Celui-ci se veut le témoin de la méfiance du capital étranger vis-à-vis du climat des affaires en Algérie et cette instabilité réglementaire particulièrement, rapportant que des investisseurs lui ont fait part de leur disponibilité à venir si on leur garantissait que les lois en vigueur ne changeraient pas du jour au lendemain.