A deux jours de la campagne présidentielle : Les imams appelés à la rescousse ?

Mokrane Ait Ouarabi, El Watan, 16 novembre 2019

Le ministère des Affaires religieuses a adressé une instruction à ses directions régionales afin qu’elles consacrent les prêches du vendredi à «l’amour de la patrie et la foi, la place de la patrie dans l’islam, les bienfaits de la stabilité dont jouit le pays, le devoir d’aimer sa patrie et de la défendre».

Il s’agit de la correspondance n°83 signée le 13 novembre et envoyée aux directions de wilaya des affaires religieuses dans le but de diffuser des prêches traitant de ces thématiques au niveau des grandes mosquées.

Par cette instruction, le ministère des Affaires religieuses cherche, selon toute vraisemblance, à mobiliser les imams fonctionnaires afin qu’ils donnent de la visibilité au discours officiel sur la conjoncture actuelle. Cela pour qu’ils mettent en avant dans leurs prêches le sens donné par le pouvoir à l’amour de la patrie.

Cette instruction intervient dans le sillage d’une campagne sur l’amour du pays lancée à l’occasion du 65e anniversaire du déclenchement de la Guerre de Libération nationale.

Elle intervient surtout dans un contexte politique tendu à quelques jours du lancement officiel de la campagne électorale. De nombreux Algériens continuent à sortir les vendredis pour réaffirmer leur rejet de cette élection présidentielle. On a bien vu des images de candidats à cette élection présidentielle conspués, des rassemblements défendant le processus électoral perturbés et des campagnes de «contre- affichages» lancées dans certaines régions du pays…

C’est donc dans ce contexte explosif que les imams fonctionnaires doivent entrer en jeu. Vont-ils tenter de persuader les fidèles à suivre la voie électorale qui mènera l’Algérie à bon port, selon le discours officiel ? Si c’est le cas, réussiront-ils à faire passer le message du pouvoir visant à convaincre les citoyens de la nécessité de ce processus électoral dans la résolution de la crise que traverse le pays ?

La poursuite des marches citoyennes contre les élections pousse-t-elle le pouvoir à appeler les imams à la rescousse afin qu’ils louent les bienfaits de la paix, expliquent le lien étroit entre la foi et l’amour de la patrie et invitent ainsi au maintien de ce «don de Dieu» qu’est la sécurité et la stabilité ?

Cette approche nous rappelle celle des promoteurs zélés du 5e mandat, qui le faisaient, eux aussi, au «nom de la stabilité et de la sécurité» et qui jouaient beaucoup sur la fibre nationaliste des Algériens.