Après l’automobile, l’industrie de la téléphonie mise en difficulté : le bricolage continue

Makhlouf Mehheni, TSA, 13 Novembre 2019

Une autre filière industrielle naissante fait face au spectre de la disparition. Il s’agit de l’industrie de la téléphonie dont les professionnels viennent de saisir le gouvernement pour lui de demander de surseoir à sa décision inattendue de mettre fin au régime SKD.

Le SKD est un dispositif qui permet de payer moins de taxes douanières sur des marchandises en les faisant entrer dans le pays de destination sous forme de produits semi-montés.

Il a été fait recours à ce procédé ces dernières années dans le double objectif de donner naissance à un tissu industriel local et de réduire la facture des importations.

Deux créneaux avaient été particulièrement ciblés : l’automobile et l’électronique-électroménager-téléphonie. L’objectif de la stratégie était de permettre un transfert de technologie et de monter une véritable industrie locale en portant à la hausse graduellement le taux d’intégration.

Il se trouve que, environ cinq ans après le lancement des premières usines, ni l’une ni l’autre des filières ciblées n’ont pu être à jour avec l’échéancier du taux d’intégration fixé dans le cahier des charges.

Beaucoup ont dénoncé une forme d’importation déguisée, avec en sus un manque à gagner considérable pour le Trésor public en termes de recettes douanières, les kits CKD et SKD étant épargnés par les droits de douanes et le dispositif additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS) qui prévoit jusqu’à 200% de taxes sur certains produits importés.

Constatant l’inefficacité du régime quant au contrôle de la facture des importations, le gouvernement a sévi d’abord en imposant pour chaque marque des quotas de collections destinées au montage de véhicules, puis brutalement en décidant de mettre carrément fin au régime SKD pour l’industrie de la téléphonie.

Les griefs retenus à l’encontre de ces filières sont indiscutables et même les professionnels, du moins ceux de la téléphonie, ne les récusent pas. Dans leur lettre adressée à la ministre de l’Industrie, ils reconnaissent que les « les taux d’intégration actuels sont infimes », tout en soulignant que les perspectives de leur amélioration sont importantes.

La faute à qui ? Sans doute à ceux qui ont élaboré dans la précipitation une stratégie qui n’en n’est pas une, délaissant des créneaux qui offrent des avantages comparatifs indéniables pour des industries aussi pointues que l’automobile ou la téléphonie mobile.

Si le gouvernement actuel ne fait que rétablir les choses à leur endroit, est-il sensé de le faire de manière aussi brutale et sans concertation avec les opérateurs concernés puisque la décision prise équivaut à mettre sur un même pied d’égalité importateurs de produits finis et assembleurs locaux ?

Faire ainsi machine arrière au milieu du gué c’est condamner à la fermeture les dizaines d’usines acquises au prix fort et, surtout, perdre d’un coup des milliers d’emplois.

Ceux qui ont écrit à la ministre de l’Industrie parlent de 6000 emplois directs et 20000 autres indirects pour l’ensemble des unités concernées. Perte d’emplois, d’investissements, du développement technologique acquis et potentiel, de la relation de confiance développée avec les opérateurs étrangers de marques mondiales…

La liste des « pertes » potentielles et des « conséquences négatives et dramatiques sur la filière » est longue, en sus du risque de « prolifération du marché parallèle de téléphones et de la devise », et de l’aggravation de l’instabilité juridique du pays.

Pour le consommateur, c’est la promesse d’une hausse des prix inévitable.

Les industriels proposent comme solution intermédiaire de passer au régime CKD, qui, à la différence du SKD, consiste à importer des pièces non assemblées, à monter entièrement localement, et surtout à fabriquer une partie des composants en Algérie.

Que ce soit celle-là ou une autre, une solution pourrait être trouvée, mais investisseurs et opinion publique retiendront cette fâcheuse tendance des autorités algériennes à remettre en cause des stratégies avec la même légèreté qui avait procédé à leur adoption. Soit le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire quand on aspire à attirer des capitaux et construire une économie de substitution aux hydrocarbures.