Khalida Toumi, du féminisme à la prison d’El Harrach après un long passage en “Bouteflikie”

Hebba Selim, HuffPost, 5 novembre 2019

Khalida Toumi, ancienne militante féministe, ancienne députée du RCD, ancienne ministre de la culture – de  2002 à 2014 – est depuis, lundi soir, en détention provisoire. Dans cette prison d’El Harrach où deux catégories bien distinctes de prisonniers arrivent depuis quelques mois: les militants et activistes du Hirak poursuivis pour leurs opinions politiques et les pontes du régime de Bouteflika contre lesquels des dossiers de corruption sont diligentés.  L’ancienne militante féministe se retrouve dans la seconde catégorie, accusée de dilapidation de l’argent public, d’abus de fonction et d’octroi d’avantages indus à autrui. 

Elle rejoint ainsi  deux anciens premiers ministres  Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia et un grand nombre d’anciens collègues ministres, comme Djamel Ould Abbès, Amar Tou, Saïd Barkat, Amar Ghoul, Tayeb Louh, Youssef Yousfi…. Et comme Amara Benyounes, lui aussi, ancien membre dirigeant du RCD, entrée en Bouteflikie corps et âme. En 1999, au sortir d’une décennie de guerre intérieure sanglante, le RCD, qui a soutenu l’arrêt du processus démocratique en janvier 1992, apporte son soutien à Bouteflika. 

Deux membres du RCD entrent dans le premier gouvernement de Bouteflika constitué en décembre 1999: Amara Benyounès, en tant que ministre de la santé et Hamid Lounaouci, ministre des transports. C’est le grand flirt politique entre Saïd Sadi et Bouteflika. Le 7 juin 2000, Said Sadi n’hésite pas à publier dans El Watan une “lettre à mes amis de la presse” pour tancer les journalistes qui n’ont rien compris au sens de l’histoire en rappelant aux patrons de journaux qu’ils ont des journalistes “sous-payés” et que se “mettre en difficulté avec la réglementation fiscale n’est pas la meilleure façon de défendre sa liberté…”. 

Dans le sérail

Khalida Toumi, chef du groupe parlementaire du RCD, n’est pas ministre mais l’on disait déjà qu’elle avait “l’oreille du président”. En 2001, avec le “printemps noir”, le RCD décide de quitter le gouvernement, Khalida Toumi n’est pas d’accord. Elle  démissionne du poste du chef de groupe parlementaire avant d’être exclue du RCD. Khalida Toumi entre au gouvernement et reste dans les équipes successives de manière ininterrompue entre juin 2002 et mai 2014. “11 ans, 11 mois et 1 jour”, précise de manière féroce la page wikipédia qui lui est consacrée. La militante est dans le sérail et a accès au président de la République. Sa gestion du département de la culture est très critiquée, beaucoup ont profité d’une redistribution rentière des budgets consacrés aux événements culturels.