Loi de finances, planche à billets : Des contradictions d’un Exécutif en manque de légitimité

Nadjia Bouaricha, El Watan, 10 novembre 2019

A part le recours à la planche à billets, le gouvernement semble incapable de proposer une solution viable à la situation de crise que traverse le pays. Les arguments et discours du ministre des Finances, lors de la présentation de la loi de finances 2020, peinent même à convaincre les quelques députés présents dans l’hémicycle  pourtant à majorité FLN et RND. Un gouvernement tenu de gérer les affaires courantes et dont la durée de vie arrive à expiration ne peut avoir une vision globale et précise de sortie de crise, ni à court, moyen ou long termes, s’accordent à dire nombre d’observateurs.

C’est donc avec ce «peu de légitimité et de prérogatives» que Mohamed Loukal s’est présenté à la fin de la semaine écoulée devant des députés, pour certains déjà engagés dans la campagne présidentielle et pour d’autres essayant de sauver la face en ces temps de désaveu populaire pour tout ce qui est assimilé au pouvoir. Il s’en est même trouvé, lors de la présentation du PLF-2020, des parlementaires de la majorité critiquant des lois de finances passées et qu’ils ont pourtant eux-mêmes votées. Une tentative un peu ratée ou tardive d’effacer les conséquences des lois impopulaires prises par Bouteflika, Ouyahia et consorts.

Le Parlement partage lui aussi le caractère illégitime qui colle à l’Exécutif actuel et endosse la responsabilité d’avoir soutenu un pouvoir assimilé aujourd’hui à un gang. C’est dans ce contexte d’absence de visibilité et d’accusation de compromission entre pouvoirs exécutif et législatif, que des lois importantes sont en voie d’être adoptées. Mohamed Loukal avertit qu’une grande pression s’exerce sur le Trésor qui aura du mal à couvrir le déficit de la Caisse nationale des retraites. Avec un déficit budgétaire annuel de 1500 milliards de dinars, une baisse des recettes pétrolières et gazières, une inflation galopante, les années se suivent et l’économie nationale reste piégée dans les solutions de bricolage. Même au sein de l’Exécutif, les contradictions sont légion et ce n’est pas pour rassurer les investisseurs.

La dernière en date est liée au recours à la planche à billets. Alors que le Premier ministre assurait la fin de la planche à billets, le ministre des Finances, qui est censé être l’initiateur du projet de loi de finances énonçant d’ailleurs l’arrêt du recours au financement non conventionnel, revient dans une déclaration devant les députés pour dire qu’il est possible de faire appel encore une fois à ce mode de financement très controversé. Quel crédit donner aux déclarations des membres d’un Exécutif qui ne s’accordent même pas sur l’essentiel ? Il semble que la seule logique adoptée par le gouvernement pour faire face à la crise est de trouver des financements pour combler des déficits, mais à aucun moment il n’a été question de créer de la richesse. Une image qui renvoie à celle d’un bateau qui prend l’eau de partout mais dont on essaye de colmater les brèches avec des éponges.