Le conseil constitutionnel a validé leurs dossiers : Cinq candidats pour une élection incertaine

Madjid Makedhi, El Watan, 10 novembre 2019

Dernière procédure réglementaire avant la campagne électorale pour la présidentielle, toujours incertaine, du 12 décembre prochain. Après l’annonce, il y a sept jours, de la liste des candidats retenus pour la prochaine présidentielle par l’Autorité indépendante des élections (ANIE), le Conseil constitutionnel a rendu, lui aussi, son verdict définitif. L’institution que préside Kamel Fenniche a validé les cinq candidatures déjà connues.

Il s’agit de celles du président du Front Al Moustakbel, Abdelaziz Belaïd, du président de Talaie El Hourriyet, Ali Benflis, du président du mouvement El Bina, Abdelkader Bengrina, de l’ancien Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, et du secrétaire général par intérim du Rassemblement national démocratique (RND), Azzedine Mihoubi. Le Conseil constitutionnel a rejeté, selon son président, 9 recours introduits par des candidats à la candidature recalés, dont celui de Belkacem Sahli, secrétaire général de l’ANR, et de Fares Mesdour, présenté comme étant un économiste. «Le Conseil constitutionnel a décidé le rejet des 9 recours, car infondés et ne satisfaisant pas aux conditions de fond prévues aux articles 139 et 142 de la loi organique relative au régime électoral, modifiée et complétée», indique Kamel Fenniche.

Ainsi, la prochaine joute électorale ne verra que la participation d’un personnel politique qui a servi, durant ces 20 dernières années, sous les ordres du régime du président déchu, Abdelaziz Bouteflika. En tant que Premier ministre, chef de gouvernement, ministre ou membre influent d’organisations évoluant à la périphérie du même pouvoir, les cinq prétendants au palais d’El Mouradia sont perçus, par l’opinion nationale, comme des symboles de la continuité du même système qui tient en otage tout un pays. Point de changement ! Même si chaque concurrent tente de convaincre qu’il sera «l’artisan d’une vraie transition démocratique», ses arguments peinent à trouver un écho auprès des foules imposantes des participants au mouvement populaire, rejetant «une élection organisée par les îssabate (bandes)».

 
Cinq candidats face au Hirak !

En effet, le hirak, qui a repris ses forces depuis le mois de septembre dernier et qui s’est fait rejoindre par «des partisans des élections repentis», se montre de plus en plus déterminé à faire échouer cette joute devant se tenir dans un mois. La prétendue ferveur populaire pour ce scrutin n’a aucune existence sur le terrain. C’est ce que prouve, en tout cas, la participation insignifiante aux marches encadrées pour soutenir le processus électoral lancé par le pouvoir en place. Bénéficiant d’une large couverture de la télévision publique, EPTV, et d’un encadrement des services de l’ordre, ces marches ne drainent que quelques dizaines de participants.

Il s’agit d’un indicateur important sur le climat général dans lequel se déroulera cette élection, qualifiée plutôt de passage en force des tenants du régime. C’est dans ce climat aussi que les cinq candidats en lice s’engageront à mener  leurs campagnes dans les prochains jours. Que feront-ils face à ce rejet massif de leurs candidatures et du scrutin en général par le hirak ? Comment procéderont-ils pour faire campagne ? Attendons pour voir. Mais la scène à laquelle a fait face, il y a quelques jours, Ali Benflis qui avait été pris à partie par des citoyens à Alger risque de se reproduire à l’occasion de la prochaine campagne.

L’autre interrogation concernant cette élection porte sur l’enjeu de la participation. Les candidats et le pouvoir en place savent d’ores et déjà que la légitimité populaire de cette élection et du prochain Président n’est pas facile à obtenir dans les conditions actuelles. Que faire pour convaincre le corps électoral d’aller voter, le 12 décembre prochain ? Le pouvoir en place se contentera-t-il seulement des voix de sa clientèle habituelle ?