Présidentielle du 12 décembre : 22 postulants ont déposé leurs dossiers

Abdelghani Aichoun, El Watan, 28 octobre 2019

L’élection du 12 décembre, si elle est maintenue, va certainement se dérouler dans un contexte particulier.

Vingt-deux candidats à la candidature pour la présidentielle du 12 décembre prochain ont déposé leurs dossiers à la clôture des délais impartis (samedi 26 octobre à minuit). L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), présidée par Mohamed Charfi, dispose d’une semaine pour passer en revue tous les documents, notamment les signatures (50 000 sont exigées) de chacun des postulants. Celle-ci transmettra par la suite les dossiers et ses décisions au Conseil constitutionnel, qui devra valider la liste définitive des candidats dans un délai n’excédant pas 7 jours.

En tout cas, il est clair aujourd’hui que ce processus électoral, tant décrié par la rue, n’a pas suscité de ferveur au sein de la société. Peu de déclarations et pas de déplacement des potentiels candidats sur le terrain, si ce n’est quelques rares apparitions. Les noms les plus connus sont même fustigés lors des manifestations du mardi et du vendredi, comme c’est le cas de Ali Benflis, président de Talaie El Hourriyet, et l’ancien Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune.

En matière de candidats, l’élection du 12 décembre n’a finalement pas drainé beaucoup de monde, étant donné qu’elle a été boycottée par la quasi-totalité des partis politiques et des personnalités de l’opposition. Des formations politiques regroupées au sein de l’Alternative démocratique, ayant pris fait et cause pour un processus constituant, jusqu’aux partis islamistes, qui sont pourtant pour une élection présidentielle, tous se sont accordés à dire que le processus électoral en cours ne garantira nullement un «changement de système».

Ainsi, en dehors des personnalités sans ancrage politique et des inconnus, il s’agit beaucoup plus, pour les plus en vue d’entre eux, d’anciens ministres ou courtisans de l’ancien chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika. Ainsi, en plus de Tebboune, plusieurs fois ministre sous le Président aux quatre mandats avant de se voir nommer Premier ministre pour quelques mois en 2017, et Benflis, lui aussi ancien chef de gouvernement de 2000 à 2003, mais ayant pris une autre trajectoire en se présentant à l’élection présidentielle de 2004 contre Bouteflika, il y a lieu de citer le secrétaire général du RND, Azzedine Mihoubi, ministre de la Culture durant le 4e mandat (2015-2019), et le président de l’Alliance nationale républicaine, Belkacem Sahli, ayant même soutenu le 5e mandat.

Par ailleurs, Abdelkader Bengrina, chef d’El Bina, est également dans la course, tout comme Abdelaziz Belaïd, président du Front El Moustakbal. Pour le reste, il y a par exemple des figures médiatiques, comme Farès Mesdour ou Abderrahmane Arar du réseau Nada, n’ayant aucun ancrage politique. Des candidats qui, pour la plupart, ne pourront en aucune manière avancer des gages en matière de «changement du système».

En l’absence de la classe politique et des personnalités de l’opposition, l’élection du 12 décembre manquera inéluctablement de légitimité, et elle le sera encore davantage dans le cas où le taux de participation sera faible. Censée «crédibiliser» cette présidentielle, l’ANIE n’a pu finalement convaincre ni la population ni la classe politique, l’ouverture d’une seconde période de révision des listes électorales faisant foi.

En somme, si le pouvoir en place semble maintenir le cap sur cette joute électorale, le rejet du hirak, de son côté, s’avère au fil des semaines de plus en plus déterminé. Les candidats qui seront annoncés d’ici deux semaines pourront-ils mener «normalement» leur campagne électorale ? Peu évident. L’élection du 12 décembre, si elle est maintenue, va se dérouler certainement dans un contexte particulier. Les Benflis, Mihoubi, Tebboune et autres devront éventuellement faire face à la gronde populaire qui s’exprime deux fois par semaine depuis maintenant neuf mois.