Loi sur les hydrocarbures, déclaration de Bensalah devant Poutine… : Ces «errements» du pouvoir qui alimentent le hirak

Abdelghani Aichoun, El Watan, 27 octobre 2019

La déclaration faite par le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, jeudi dernier, à Sotchi, devant le président russe, Vladimir Poutine, a provoqué une vague d’indignation chez beaucoup d’Algériens qui y ont vu, au regard de son attitude consistant à «rendre compte» de l’évolution de la situation nationale, une sorte d’«internationalisation» de la crise. Le fait aussi que le chef de l’Etat ait réduit les manifestants des mardis et vendredis à «quelques éléments» a également suscité la colère des uns et des autres.

Le lendemain, 36e vendredi de la protestation populaire, les Algériens ont exprimé leur colère de fort belle manière. Bensalah a eu donc son lot de slogans. «Bensalah s’est plaint de son peuple auprès des Russes !» ironisaient les manifestants. Ainsi, en plus d’avoir réaffirmé leur rejet de l’élection présidentielle du 12 décembre prochain et demandé la libération des détenus d’opinion, les Algériens ont dénoncé cette «attitude» du chef de l’Etat. S’il est incontestable aujourd’hui que le hirak a connu, depuis septembre, un regain de mobilisation, il faut dire que des déclarations, mesures ou positions du pouvoir en place vis-à-vis de certaines questions, politiques ou économiques «alimentent» la détermination des manifestants. Dans certains cas, cela contribue même à son renforcement.

On se souvient, le 11 octobre, lors du 34e vendredi, comment les Algériens ont réagi, unanimement, contre la loi sur les hydrocarbures, adoptée en Conseil des ministres deux jours auparavant. Une marche durant laquelle les manifestants se sont donné rendez-vous pour le dimanche qui a suivi, devant le siège de l’APN, pour fustiger ce nouveau texte. C’est la première fois, d’ailleurs, depuis le début du hirak, que les protestataires marchent en dehors des mardis et vendredis. Même les soutiens du régime, et par conséquent du processus électoral en cours, étaient dans l’expectative quant au timing choisi pour soumettre ce nouveau texte.

L’autre «catalyseur» de ce même 34e acte de la protestation populaire est la répression qui avait frappé, le mardi d’avant, les étudiants. D’ailleurs, lors du mardi suivant, la marche des étudiants a été encore plus importante – certains ont même évoqué une mobilisation similaire à celle des tous premiers mardis –, du fait que beaucoup de citoyens ayant voulu exprimer leur solidarité envers la communauté estudiantine ont rejoint cette manifestation. Il y a eu auparavant, également, la déclaration du chef d’état-major de l’ANP qui avait, à la veille du 31e vendredi, évoqué «l’interpellation et la saisie des véhicules et des autocars utilisés ainsi que la soumission à des amendes à leurs propriétaires».

En somme, plus d’une fois, l’attitude du pouvoir en place a provoqué l’effet inverse de ce qui était probablement souhaité, en donnant de la «matière» au hirak qui, faut-il le dire, réagi à temps à l’évolution de la scène politique nationale. S’agit-il d’erreurs tactiques dues à de mauvaises lectures de l’évolution de la société et par conséquent du degré de détermination d’une partie de la population ? Difficile d’y répondre pour l’instant.

Ce qui est certain, c’est que le pouvoir en place n’arrête pas de surprendre les uns et les autres, y compris ses soutiens, par ce genre de décisions ou de déclarations. Si dans plusieurs cas, il s’agirait éventuellement de tentatives d’affaiblir le hirak, comme c’est le cas avec les arrestations de militants et d’activistes, ce qui d’ailleurs s’est avéré sans effet jusque-là, dans d’autres ce sont des mesures ou actes inexpliqués. Pour l’heure, en tout cas. A moins que le pouvoir en place soit tellement dans le désarroi qu’il commet des erreurs de jugement qui s’avèrent vraiment contre-productives pour lui…