Imposante marche des avocats à Alger : « Non à la justice du téléphone »

Younès Djama, TSA, 24 Octobre 2019

Les murs du tribunal de Sidi M’hamed ont résonné, jeudi 24 octobre, sous les cris « libérez la justice » et « non à la justice du téléphone » scandés par les avocats de différents barreaux d’Algérie.

La démonstration de force des robes noires s’inscrit « en droite ligne » dans la mobilisation citoyenne déclenchée le 22 février 2019, selon des avocats interrogés par TSA.

Les avocats ont fait entendre leurs voix à l’occasion de cette marche durant laquelle des slogans relatifs à la libération de la justice et pour un Etat de droit ont été scandés par les participants.

Un policier a tenté de confisquer une pancarte soulevée par un avocat avant que la foule de robes noires ne vienne au secours de leur camarade et reprennent la pancarte.

Hormis cet incident, aucun dépassement n’a été enregistré lors de la marche nationale des avocats qui a pris pour point de départ le tribunal de Sidi M’hamed d’Alger pour ensuite parcourir le boulevard Zighout-Youcef et de revenir devant le tribunal.

« Djazair hourra democratia ! (Algérie libre et démocratique) », « pour une justice libre » et « non à la justice du téléphone » ont été les maîtres-mots repris à l’unisson par plusieurs dizaines d’avocats qui ont appelé aussi à la libération des détenus d’opinion, à leur tête le Moudjahid Lakhdar Bouregâa.

« C’est le 8e mois de la mobilisation citoyenne, c’est une révolution extraordinaire. Nous avons vu que tout le peuple algérien est mobilisé, mais également les corporations les plus importantes, à l’instar des avocats », déclare Me Fetta Sadat à TSA.

Et d’ajouter : « Nous avons vu le rôle majeur que joue la corporation des avocats dont la mission essentielle est de garantir le respect des droits et des libertés des citoyens. Les avocats l’ont démontré tout au long de cette révolution, depuis le 22 février, mais également à l’occasion des procès des manifestants arbitrairement emprisonnés pour port de l’emblème amazigh. Aujourd’hui ils sont encore mobilisés dans une marche nationale pour dire non à la répression, non aux atteintes récurrentes aux droits et libertés. Nous avons un grand espoir à travers cette extraordinaire mobilisation que les revendications de tout le peuple algérien soient réalisées ».

De son côté, l’avocate Me Nabila Smail abonde dans le  même sens : « Aujourd’hui, nous sommes rassemblés au tribunal de Sidi M’hamed que nous avons tous décidé d’appeler « tribunal d’exception », parce qu’il est exceptionnel dans les mesures et les procédures qu’il prend et dans la gestion des dossiers des détenus. Nous sommes rassemblés, d’abord, pour marquer notre soutien et notre solidarité aux détenus d’opinion, et surtout pour dire non à l’utilisation de la justice à des fins politiques et le règlement de comptes entre clans ».

L’avocate ajoute : « L’arrestation des jeunes ne repose sur aucun fondement juridique et les avocats qui défendent la loi disent basta ! À l’empiétement et à toutes les violations. Nous voulons une véritable République, basée sur un Etat de droit qui ne peut être bâti sans une justice indépendante ».

L’avocate Me Zoubida Assoul souligne : « Les avocats sont venus de tous les barreaux d’Algérie pour s’élever comme un seul homme contre toutes les violations des libertés individuelles et collectives, qui touchent notamment des journalistes qui sont emprisonnés, des politiques, des activistes et des jeunes de la révolution. Nous sommes là pour dire halte aux violations des libertés et que la Constitution garantit notamment le droit des citoyens de manifester pacifiquement et de s’exprimer librement ».

« On est là aussi, ajoute-t-elle, pour dire clairement que nous sommes pour l’indépendance de la justice. Pour nous, il est hors de question que la justice soit un instrument aux mains du pouvoir pour régler ses comptes et aussi pour mettre fin aux libertés ».

Pour Me Noureddine Benissad, président de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH), « tous les collectifs qui se sont mis en place pour défendre les détenus politiques sont là pour faire respecter les droits de la défense et pour faire respecter les libertés et surtout pour appeler plus encore à l’indépendance de la justice. Les avocats comme toutes les corporations s’impliquent dans le mouvement populaire et ils sont en faveur des revendications populaires qui sont des revendications justes ».

« À travers cette marche, ajoute Me Benissad, les avocats appellent au respect des droits de la défense, et qui dit droits de la défense dit droits des citoyens notamment en ce qui concerne les libertés fondamentales d’expression et de manifestation. Pour nous avocats défenseurs des libertés, il est hors de question qu’on se taise sur le fait qu’aujourd’hui des citoyens qui expriment de manière pacifique leurs opinions se retrouvent en prison ».