Présidentielle : le schéma se précise, le changement s’éloigne

Makhlouf Mehenni, TSA, 23 Octobre 2019

Azzeddine Mihoubi est le premier candidat à l’élection présidentielle à déposer son dossier au niveau de l’Autorité électorale. Il l’a fait ce mercredi 23 octobre. Les autres devraient le faire au plus tard samedi.

En attendant la confirmation de toutes les candidatures annoncées, on connait déjà la palette de choix qui sera proposée aux Algériens le 12 décembre, si toutefois l’élection est maintenue à cette date.

L’illusion d’un candidat qui sortirait de nulle part pour sauver le scrutin s’évapore définitivement. C’est maintenant une certitude : il n’y aura ni Mouloud Hamrouche ni Ahmed Taleb Ibrahimi, encore moins Liamine Zeroual sur la ligne de départ.

Pour une élection censée acter le changement du système politique et le passage vers une nouvelle ère, il y a comme un paradoxe. Quand ils ne sont pas des individus excentriques et sans charisme, les candidats déclarés émargent tous au registre de ceux qui ont étroitement collaboré avec Bouteflika.

Ali Benflis fut son Premier ministre et surtout son directeur de campagne. Abdelmadjid Tebboune a aussi dirigé le gouvernement sous Bouteflika, même éphémèrement, après avoir été ministre sans discontinuer pendant dix-sept ans. Azzeddine Mihoubi a dirigé la Bibliothèque et la Radio nationales et les ministères de la Communication et de la Culture.

Après la chute de Bouteflika, et d’Ahmed Ouyahia dans son sillage, c’est Mihoubi qui a remplacé celui-ci à la tête du RND, le parti du pouvoir dont la responsabilité dans le naufrage du pays ces vingt dernières années n’est pas moindre par rapport à celle du FLN, qui n’a ni présenté de candidat ni participé au débat, sans doute par souci de conférer quelque crédibilité à l’opération électorale.

Un processus déjà décrié par une grande partie de la rue et de l’opposition et de nouveau mal parti avec un chef du RND qui ouvre le bal des candidatures, promettant une élection propre et un changement au bout. Cela survient presque le jour même où le hirak populaire entame son neuvième mois de manifestations et autres actions pour, justement, le changement.

Le scrutin est davantage discrédité par les chiffres annoncés par les candidats concernant l’opération de collecte des parrainages. Au moins dix ont annoncé avoir dépassé le seuil des 50 000 signatures exigées par la loi et pris rendez-vous auprès de l’Autorité électorale pour le dépôt de leur candidature.

Mihoubi par exemple a largement dépassé le quota requis. Certes, on est loin du million de parrainages collectés par le RND pour le cinquième mandat avorté de Bouteflika, mais les chiffres avancés ça et là demeurent excessifs au vu du laps de temps réduit et surtout parce que, sur le terrain, personne n’a vu l’opération se dérouler. Azzeddine Mihoubi n’a effectué aucune sortie sur le terrain pour défendre et justifier sa candidature.

Le RND pourrait toujours justifier sa prouesse par le coup de pouce de ses nombreux maires et élus locaux, mais comment pourraient l’expliquer les autres, notamment tous ces seconds couteaux sans parti ni troupes ? Encore une fois, personne ne les a vus, en personne ou par le biais de leurs représentants, arpenter les communes du pays. Pas même la télévision officielle d’habitude si prompte à consacrer de larges plages à tout ce qui est susceptible de renforcer l’illusion d’un processus électoral qui se déroule normalement.

En revanche, les Algériens ont lu et entendu les détails croustillants de cette descente qui a permis à la police de Souk Ahras de prendre la main dans le sac huit fonctionnaires de la mairie locale en train de remplir les formulaires de parrainage au profit d’un candidat…